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28 juil. 2016

Suisse : Pesticides, médicaments: la nouvelle pollution des cours d’eau

Pesticides, médicaments: la nouvelle pollution des cours d’eau suisses
par Julie Schüpbach, letemps.ch,
14 juillet 2016

Les cours d’eau helvétiques ne sont pas si propres qu’ils en ont l’air. Ils font face à une nouvelle menace, les micropolluants. L’office fédéral de l’environnement tire la sonnette d’alarme

Trop propres, les lacs suisses? C’est du moins ce qu’affirment les pêcheurs professionnels, trouvant là une explication aux diminutions spectaculaires de certaines populations de poissons dans nos lacs et nos cours d’eau. C’est tout l’inverse, assure l’association Pro Natura en menant une campagne «Stop aux pesticides dans nos eaux».

Dans quel état se trouvent vraiment les écosystèmes aquatiques? L’Office fédéral de l’environnement (OFEV) a dressé jeudi 14 juillet, un bilan global de la qualité de nos eaux. Et les conclusions ne sont pas franchement réjouissantes.



Malgré une régression du nitrate, une nouvelle pollution, plus sournoise et invisible, frappe les rivières suisses: celle due aux micropolluants. Les résultats de l’étude, réalisée par l’Observatoire national de la qualité des eaux de surface (NAWA), montrent que ces polluants mesurés en très faibles concentrations affluent dans les rivières. «Ces résultats sont effrayants, mais malheureusement pas surprenants», déclare Michael Casanova de Pro Natura. «Des études antérieures ont déjà montré que nos eaux charrient de véritables cocktails de pesticides, des substances très toxiques qui nuisent aux écosystèmes même en quantités infimes».

Pour l’étude, 111 stations ont été placées sur des moyens et grands cours d’eau, afin d’en analyser les conditions biologiques et physico-chimiques, entre 2011 et 2014. Selon Marc Chardonnens, directeur de l’OFEV: «En ayant une seule unité de recherche pour les différents cantons, avec des protocoles d’analyse identiques partout, une vision globale a enfin été possible». Tour d’horizon.

Micropolluants, la menace invisible

Deux cent cinquante micropolluants organiques ont été identifiés entre mars et juillet 2012. Nommés ainsi en raison de leur concentration très faible, ils sont invisibles et inoffensifs pour les êtres humains. Mais pas pour les organismes aquatiques, qu’ils empoisonnent.

De quoi s’agit-il? Selon les mesures, une centaine de ces particules sont des pesticides, dont 80% proviennent de l’agriculture intensive. Mais l’agriculture n’est pas la seule à blâmer: les eaux domestiques engendrent aussi une micropollution. Les STEP ne sont pas en mesure d’éliminer de si petites doses et déversent ainsi des polluants tels que des résidus de médicaments dans les cours d’eau. «On ne peut pas demander à la population de ne plus prendre de médicament, plaisante Marc Chardonnens. Afin d’y remédier, l’unique solution est de mettre en place un quatrième traitement des eaux dans les STEP».

D’ici 2040 la Suisse devra débourser 1,5 milliard de francs pour ses STEP afin d’y effectuer un traitement supplémentaire permettant d’éliminer ces substances. Pour y parvenir, les communes devront mettre la main au porte-monnaie via la taxe d’épuration annuelle.

Lire aussi: Un plan pour réduire les pesticides en Suisse

Polémique autour du phosphore

En ce qui concerne les teneurs en nutriments que sont l’azote, le nitrate et le phosphore, 90% des mesures ont été classées en état «très bon» ou «bon». Une dépollution due à la mise en place de stations d’épuration (STEP) sur l’ensemble du territoire depuis les années 1990, et qui explique par exemple que les tapis flottants de mousse verdâtre (constituée de ces nutriments) sont devenus beaucoup plus rares de nos jours.

Du côté des pêcheurs, cette baisse en nutriments semble déplaire. Selon eux, la réduction massive des concentrations de phosphore dans l’eau provoque une pénurie de poissons. Leur revendication, rehausser ces teneurs afin de pouvoir pêcher à nouveau. Selon Stephan Müller directeur de la division des Eaux à l’OFEV, «La biomasse de poissons dans les eaux n’a pas diminué, par contre, la diversité a augmenté et il y a plus de poissons de petite taille». Et de préciser, «l’ajout de phosphore dans les eaux de surface n’est pas une solution pour la Confédération».
Les poissons: peut mieux faire

Seulement un quart des tronçons étudiés se trouvait dans un état «bon» ou «très bon». Deux tiers étaient dans un état «moyen» et 10% des écosystèmes s’avéraient dans un état «médiocre».

Les scientifiques étudient les poissons car ils sont d’excellents bio-indicateurs de l’état général de leur environnement. Etant donné leurs exigences élevées vis-à-vis des endroits dans lesquels ils peuvent vivre et frayer, l’observation de leur présence ou de leur disparition donne une bonne idée de qualité de l’eau ou de sa température.

Qu’est-il possible de faire afin d’y remédier? Les espèces de rivière ont besoin de zones de faible profondeur parsemées de graviers pour frayer donc, «la renaturalisation des rivières canalisées peut-être une solution», explique Marc Chardonnens. Et de poursuivre: «La loi sur la protection des eaux prévoit que 4000 km de 15 000 km de rivières soient remises à leur état naturel d’ici la fin du siècle». Le projet fait grincer des dents chez les agriculteurs qui, grâce à la canalisation des fleuves et rivières, peuvent exploiter plus de terres.

Lire aussi: Rivières suisses polluées aux pesticides

http://www.letemps.ch/sciences/2016/07/14/pesticides-medicaments-nouvelle-pollution-cours-deau-suisses

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