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6 juil. 2016

Suisse : Un plan pour réduire les pesticides

Un plan pour réduire les pesticides en Suisse
par Pascaline Minet, letemps.ch, 
5 juillet 2016

Dévoilé le 5 juillet, un plan d’action de la Confédération entend diminuer l’usage des produits phytosanitaires. Ses objectifs sont jugés insuffisants par les organisations de protection de la nature

Les agriculteurs suisses devront utiliser moins de pesticides. C’est en tout cas ce que prévoit le plan d’action de la Confédération sur les produits phytosanitaires, rendu public mardi 5 juillet. Ce projet très attendu recense une cinquantaine de mesures allant de la limitation de l’usage de certains produits toxiques à une amélioration des techniques d’épandage. Les risques liés aux pesticides devraient ainsi être diminués.

C’est en 2014, alors que plusieurs États membres de l’Union européenne avaient déjà développé des outils du même type, que le Conseil fédéral a souhaité l’élaboration d’un «plan d’action pour la réduction des risques et l’utilisation durable des produits phytosanitaires». Les travaux ont impliqué l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG), celui de l’environnement (OFEV) et celui de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), mais aussi le Secrétariat à l’économie et l’organisme de recherche Agroscope. Leur mandat: identifier les risques liés à l’usage des pesticides et les moyens de les réduire.

Concernant les risques, le plan note qu’«une grande partie des cours d’eau suisses sont pollués par des concentrations diverses de produits phytosanitaires», ce qui met en danger les organismes aquatiques. Des animaux qui ne sont pas directement ciblés par les pesticides, comme les abeilles, souffrent par ailleurs de l’exposition à ces produits. Le rapport rappelle aussi que l’usage fréquent de pesticides par les professionnels est suspecté d’être lié à diverses pathologies, notamment neurologiques. En revanche, le risque posé par les résidus de pesticides dans les denrées alimentaires serait estimé par la population «comme étant plus élevé qu’il ne l’est réellement selon une analyse purement scientifique.»

Méthodes alternatives

L’orientation globale du plan consiste à réduire de moitié ces risques en dix ans. Mais comment y parvenir? Le premier axe repose logiquement sur une réduction de l’usage des pesticides. «Nous tablons sur une diminution de 30% en dix ans de certains composés ayant une toxicité potentielle plus élevée que les autres», explique Olivier Félix, responsable du secteur Protection durable des végétaux à l’OFAG. Actuellement, quelque 2 000 tonnes de pesticides sont utilisées chaque année en Suisse, une quantité globalement constante.

Pour remplacer les pesticides, des méthodes alternatives de lutte contre les ravageurs devront être envisagées. Le désherbage mécanique pourrait ainsi être utilisé en remplacement des herbicides, notamment dans des cultures comme les céréales, le colza et les pommes de terre, d’après le plan. Le développement de nouvelles variétés résistantes aux maladies constitue un autre axe à explorer, notamment en arboriculture et en viticulture, deux secteurs qui consomment de grandes quantités de fongicides. «Cette approche ne nécessite pas seulement des efforts de la part des agriculteurs, mais aussi un engagement des consommateurs qui devront se montrer ouverts à ces nouvelles variétés», souligne Olivier Félix.

Le plan liste aussi une série de mesures techniques visant à diminuer de 25% les émissions hors des parcelles traitées. Il peut s’agir de l’adoption de pulvérisateurs émettant des gouttelettes de grosse taille, faiblement dispersées dans l’environnement. Des approches spécifiques pour éviter le ruissellement des produits dans les rivières sont également envisagées, avec comme objectif une réduction de moitié du nombre de tronçons ne répondant pas aux exigences de qualité de l’eau. Enfin, diverses mesures d’accompagnement des agriculteurs sont aussi prévues, notamment au moyen de formation continue.

«Ces mesures vont demander des efforts de la part des agriculteurs, estime Olivier Félix. Mais elles permettront de répondre à certains problèmes spécifiques comme celui de la pollution de l’eau, ainsi qu’à une attente globale de la population, favorable à une réduction de l’usage de ces produits.»

Manque d’ambition

Les réponses apportées par le plan sont toutefois en deçà de ce qui était attendu par les associations de protection de l’environnement. Un rapport publié par l’organisation Vision Agriculture au mois de mai, et soutenu notamment par Pro Natura, Greenpeace et le WWF, assurait qu’il était possible de réduire de moitié l’utilisation de pesticides d’ici à 2020 en Suisse, sans impact ou presque sur la production alimentaire.

«Nous saluons le fait que le plan du Conseil fédéral comprenne un objectif chiffré de réduction des pesticides. Mais il manque tout de même d’ambition par rapport à d’autres programmes similaires à l’étranger, notamment au Danemark où une limitation de 40% de l’usage des pesticides est visée», relève Philippe Schenkel, de Greenpeace Suisse. Et le militant de souligner l’ambiguïté d’un objectif global de réduction portant sur les risques, qui sont difficilement mesurables.

Mis en consultation jusqu’au mois d’octobre auprès des parties concernées, le plan devrait normalement être entériné d’ici la fin de l’année. «Mais je ne serais pas étonné que les industriels des produits phytosanitaires essaient d’obtenir une révision à la baisse de ses objectifs», s’inquiète Philippe Schenkel.

https://www.letemps.ch/sciences/2016/07/05/un-plan-reduire-pesticides-suisse

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