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15 août 2016

En Europe de l'ouest on meurt moins du coeur que du cancer

"Si le cancer est devenu la première cause de mortalité dans ces 12 pays, cela cache le fait que les traitements anti-cancer se sont améliorés mais qu'on développe davantage de cancers qu'avant. Une augmentation qui, ici encore, pourrait être due aussi bien à des facteurs de risques (sur lesquels on peut agir) qu'au simple fait du vieillissement de la population..."

Désormais en Europe de l'ouest on meurt moins du coeur que du cancer

par Roman Ikonicoff , science-et-vie.com, 15 août 2016

Pour la première fois, les maladies cardiovasculaires ne sont plus la première cause de décès dans 11 pays d'Europe, dont la France, remplacées à cette place par le cancer.

Dans une sorte d'olympiade européenne morbide mettant en concurrence les maladies non transmissibles, les maladies cardiovasculaires (MCV) ont pour la première fois été détrônées par le(s) cancer(s) à la plus haute marche du podium du nombre de morts, du moins dans 11 pays d'Europe.

Tel est l'enseignement de la dernière enquête épidémiologique Global Burden of Disease, publiée par l'European Heart Journal.

11 pays européens dont la France

Un classement qui a ses limites : il concerne la mortalité due aux maladies non transmissibles (exit donc le Sida, la grippe, etc.) en excluant également les pathologies néonatales, maternelles, nutritionnelles, psychiatriques, etc.

Ces 11 pays sont la France, la Belgique, le Danemark, l'Espagne, l'Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, le Royaume-Uni et la Slovénie... ainsi qu'un 12e pays non européen, Israël - de fait, l'étude concerne l'Europe dans un sens très étendu qui n'est pas celui de l'Union européenne, incluant 53 pays dont certains non européens comme Israël.

Les MCV demeurent la 1ère cause de décès dans les autres pays européens

Les MCV sont ainsi passées sous le cancer en nombre total de morts par an dans la plupart des pays situés en Europe de l'Ouest et faisant partie de l'Union européenne - avec une absence remarquée, l'Allemagne.

Un résultat frappant si l'on considère l'ensemble de la population des 53 pays, pour laquelle les MCV tuent encore deux fois plus que le cancer et comptent pour 31,5% de toutes les morts (17,3 millions de mort par MCV).

De nombreux paramètres en jeu

Mais si ces résultats dévoilent une véritable amélioration de la prévention et des traitements contre les MCV dans ces pays, et soulignent les déséquilibres régionaux entre l'Ouest et l'Est de l'Europe, leur interprétation fine est très complexe.

En effet, le rapport de mortalité relatif entre cancers et MCV mélange beaucoup de paramètres qu'il faut étudier au microscope. Ainsi, il y a l'effet réel d'une baisse du nombre des morts par MCV, il y a aussi le cas où ce nombre de morts augmente (ou stagne) mais moins que pour le cancer, ou alors que les deux diminuent en des proportions différentes, chaque pays ayant ses particularités.

Une grande inégalité en France

Par ailleurs, dans un même pays, des inégalités peuvent se manifester. Ainsi, en France, les morts par cancer surpassent globalement ceux par MCV, mais en scrutant les résultats, l'on découvre que cela est dû à une inversion radicale du nombre de morts entre MCV et cancer chez les hommes, alors que les femmes meurent plus par MCV que par cancer...

Par ailleurs, ces chiffres ne disent rien sur les progrès des traitements et leur incidence sur le taux de mortalité. Ainsi, l'augmentation de l'espérance de vie dans certains pays, lié à une baisse de la natalité, conduit à un vieillissement de la population, augmentant mécaniquement l'incidence de chacune des deux causes de mortalité dans la population totale. Pour savoir si la prévention des MCV (ou du cancer) s'est améliorée, c'est le nombre de morts « prématurées » (avant 75 ans) qu'il faut distinguer.

Un guide pour les politiques de santé publique

Enfin, si le cancer est devenu la première cause de mortalité dans ces 12 pays, cela cache le fait que les traitements anti-cancer se sont améliorés mais qu'on développe davantage de cancers qu'avant. Une augmentation qui, ici encore, pourrait être due aussi bien à des facteurs de risques (sur lesquels on peut agir) qu'au simple fait du vieillissement de la population...

En tout état de cause, s'il l'on peut se féliciter que la lutte contre les MCV ait globalement portée ses fruits dans ces 12 pays, les résultats de l'étude - qui prend en compte tous les paramètres et les distingue clairement - sont voués surtout à servir d'outils aux politiques de santé publique pour évaluer les lacunes et les disparités existantes, et les améliorer.

--Roman Ikonicoff

http://www.science-et-vie.com/article/desormais-en-europe-de-l-ouest-on-meurt-moins-du-coeur-que-du-cancer-7030

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