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30 août 2016

L'effet du film «Demain»

Les jardins collectifs (ici à Detroit) font partie des
initiatives les plus répandues qui sont apparues dans la
foulée du film "Demain" (image tirée du film).  Image:  DR
L'effet du film «Demain»
par Lucie Monnat, Tribune de Genève,
30 août 2016

Environnement : Les collectifs souhaitant appliquer les solutions du film écolo se multiplient.

Au Grütli, en cette fin du mois d’août, la salle de cinéma se remplit en quelques minutes à peine. Des dizaines de déçus devront se rabattre sur une prochaine séance du film Demain. Un véritable succès pour les Verts genevois, qui ont organisé plusieurs séances dans le canton.

Plus de neuf mois après sa sortie, le film continue d’être projeté sur les écrans romands. Rarement un film sur l’écologie avait remporté un tel succès: sorti en décembre 2015, le long-métrage réalisé par Mélanie Laurent et Cyril Dion a attiré plus d’un million de téléspectateurs rien qu’en France et a gagné un césar.

L’impact du film à l’extérieur des salles de cinéma est plus impressionnant encore. L’équipe de Demain présente des exemples de solutions alternatives en matière d’énergie, de transport, d’économie, d’agriculture, d’éducation ou de démocratie. En Suisse romande comme ailleurs, une multitude de collectifs Demain cherchent à leur emboîter le pas. Tour d’horizon non exhaustif.

Alimentation

Les initiatives autour des jardins collectifs sont les plus répandues et les plus connues, à l’image des désormais fameux Incroyables Comestibles. En Suisse romande, des sections se sont ouvertes à Lausanne, La Chaux-de-Fonds, Neuchâtel, Yverdon, Martigny, Morge, Rolle, Servion ou encore Le Locle.

Les Incroyables Comestibles sont nés dans la ville anglaise de Tordmorden, montrée en exemple dans le film. En 2008, touchés par la crise économique, les habitants se sont mis à cultiver des fruits et légumes dans les jardins publics et privés de la ville. La récolte est mise à disposition de tous. En Suisse romande, des bacs de tomates, de salade ou de basilic, surmontés d’un petit écriteau «Nourriture à partager», ont ainsi poussé devant le Lycée Piaget à Neuchâtel, au-dessus de la place de l’Europe à Lausanne ou encore au centre de requérants d’asile de La Ronde, à La Chaux-de-Fonds.

La démarche participative présente, selon ses adeptes, plusieurs avantages. Avant tout, elle permet une plus grande autonomie alimentaire d’un lieu. Ces «cultures urbaines» sont par ailleurs créatrices de lien social. Elles permettent aussi aux habitants de se réapproprier leur espace, et de renouer un contact avec la nature.

Energie

Les initiatives pour une consommation et une production d’énergie verte sont également populaires. Le collectif Fribourg Demain a, par exemple, largement relayé et encouragé le financement coopératif d’un projet de centrale solaire à Givisiez, lancé par la coopérative OptimaSolar Fribourg. Créée en 2011 à Soleure, la coopérative OptimaSolar vise à développer au maximum l’énergie solaire en Suisse, pour à terme remplacer les centrales nucléaires et électriques. «Nous souhaitons encourager la population à investir dans la production d’énergie solaire, pour compenser les dépenses énergétiques propres tout en obtenant un bon rendement», détaille la coopérative.

Le concept est simple: des particuliers investissent dans des panneaux solaires installés sur le toit de grands bâtiments, le plus souvent des entreprises. OptimaSolar fonctionne ainsi sur une proposition win-win: pour les propriétaires séduits par l’énergie verte, une centrale photovoltaïque est plus rentable qu’une installation individuelle. Les entreprises, elles, équipent leur toit de panneaux solaires pratiquement sans ouvrir le porte-monnaie.

Ainsi, le 8 juillet dernier, soit moins de deux mois après le lancement du projet, la section fribourgeoise de la coopérative est parvenue à récolter auprès de 85 participants les 240 000 francs nécessaires à la construction d’une centrale photovoltaïque de 1000 m2 sur le toit d’un bâtiment. Un temps record, selon OptimaSolar, qui compte généralement trois à neuf mois de récolte de fonds.

Economie

Dans le film Demain, les multinationales et la mondialisation en général sont décrites comme faisant partie des principaux problèmes posés à notre société et à notre environnement. Dans cette perspective, une option serait de favoriser les monnaies locales complémentaires (MLC).

Une MLC n’émane pas d’un gouvernement national et est destinée à être échangée exclusivement dans une zone géographique limitée. Depuis le 18 septembre 2015, la monnaie léman circule à Genève. L’association qui l’a lancée, Monnaie Léman, l’a récemment étendue à Lausanne et prévoit de le faire dans toute la région, notamment en France voisine. A l’heure actuelle, quelque 55 000 lémans sont en circulation, utilisés par plus de 1000 personnes et 260 entreprises, selon l’association Monnaie Léman. Le léman peut être utilisé par tous ceux qui le souhaitent, individu, petite épicerie, garage ou restaurant. «Le but est de créer une monnaie qui renforce les entreprises ou commerces locaux, et qui correspond à notre bassin de vie, explique son porte-parole Jean Rossiaud. Il ne s’agit pas d’une monnaie alternative mais complémentaire. Quand nous lancerons le crédit mutuel, les entreprises mises à mal par la situation économie «classique» et en manque de liquidité pourront se tourner vers le léman».

Plus récemment, le Valais a lui aussi vu naître sa propre monnaie, baptisée «farinet». Celle-ci n’a pas encore été mise en circulation. Les MLC ne sont pas nouvelles. Le film cite un exemple suisse, la banque WIR, fondée en 1934 à Bâle, soit pendant la crise des années 1930, pour faire face à la pénurie d’argent liquide. Réservé aux entreprises, le WIR est, selon ses exploitants, utilisé par quelque 60 000 PME suisses.

Démocratie

Les interlocuteurs de Demain estiment que les classes politiques sont trop souvent dépendantes de l’influence du monde économique. L’association fribourgeoise Génération Nomination (GéNomi) vise le lancement d’une initiative fédérale qui instituerait le tirage au sort au parlement et aux Grands Conseils cantonaux. Elle se base sur le constat qu’en moyenne un conseiller national est un homme, âgé de 55 ans, appartenant aux classes de salaires les plus élevées. «En Suisse, comme dans de nombreux pays, les parlements devraient être représentatifs de la population. Or le profil sociologique majoritaire des élus est celui des Suisses les plus aisés, développe l’un de ses initiants, Charly Pache. Le processus qui mène au sommet des listes électorales nécessite beaucoup de temps et d’argent.»

Le tirage au sort dans un échantillon emblématique de la population permettrait à la Chambre du peuple d’être réellement représentative, estiment les initiants de GéNomi. «Cela permettrait de faire en sorte que ce ne soit pas les mêmes qui détiennent le pouvoir économique et le pouvoir politique», ajoute Charly Pache. La personne tirée au sort serait autorisée à refuser son mandat. Si elle l’acceptait, elle s’engagerait à suivre une formation sur le fonctionnement des institutions politiques et sur sa fonction, ainsi que sur les principaux thèmes politiques actuels.

La récolte des signatures débutera en avril 2017. (TDG)

«Jamais je n’ai connu un engouement pareil»

Jean Rossiaud est codirecteur du Forum démocratique mondial, conseiller municipal Vert et l’une des figures du milieu associatif genevois. Pour lui, le phénomène «Demain» est exceptionnel.

Y a-t-il réellement un phénomène Demain, selon vous?

Cela fait près de trente ans que je milite et fais partie de mouvements associatifs, et je n’ai jamais assisté à un engouement pareil. Nous avons beaucoup de succès à tous les événements que nous organisons pour faire connaître le léman. Plus d’une centaine de personnes sont venues assister à notre assemblée générale, et à notre premier Apéro léman.

Comment expliquez-vous un tel succès?

La plupart des solutions proposées par le film existent depuis des années. Mais, aujourd’hui, une forme de ras-le-bol se répand au sein de la population. Les gens veulent agir, mais ne savent pas par où commencer. Non seulement le film donne des exemples concrets, mais il délivre également un message encourageant: chacun peut agir concrètement par des actions abordables, chacun peut apporter sa pierre à l’édifice.

Pensez-vous que, une fois l’effet de mode passé, le soufflé retombera?

Je ne l’espère pas! Depuis quelques mois, une cinquantaine de personnes nous rejoignent chaque vendredi midi à la Maison des Associations. Moins de volontaires se sont présentés ces dernières semaines, mais nous étions en pleines vacances d’été. Nous verrons bien à la rentrée!

http://www.tdg.ch/suisse/effet-film-demain/story/14036677

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