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25 oct. 2016

Enfants de Tchernobyl : "Les enseignants nous racontent ce qui s’est passé"

Un système immunitaire renforcé, une prise de poids, une
bonne réserve en oligoéléments, c'est le sens premier de
ces vacances.  
©Greenpeace/Schlatter
Enfants de Tchernobyl : "Les enseignants nous racontent ce qui s’est passé"
Greenpeace Suisse, 18 octobre 2016

Trente ans après la catastrophe de Tchernobyl, les enfants de la région contaminée continuent de venir se reposer en Suisse. Quelle est l’utilité de ces vacances pour eux? Une visite dans les montagnes de Flums et une rencontre à Opfikon.

D'un côté de la vallée, la chaîne des Churfirsten, de l'autre les pics du massif de l'Alvier qui se dressent dans un beau ciel d'été. Devant la maison Margess, sur le versant est des montagnes de Flums, 34 enfants posent pour la photo, avec leur brosse à dents encore emballée. Ce sont des filles et des garçons de 9 à 12 ans. La plupart des garçons ont le crâne rasé et il est difficile de les différencier. Beaucoup sont très minces, comme Jaroslav, 10 ans, à genoux au premier rang. Derrière lui, Maria, 10 ans également, longs cheveux blonds en queue de cheval, porte un t-shirt rayé avec l'inscription Awesome pour magnifique, formidable.

Pour Maria et Jaroslav, c'est le premier séjour en Suisse, et même la première fois qu'ils sont à l'étranger. Comme pour tous les autres enfants de cette colonie de vacances organisée par Enfants de Tchernobyl, une association créée à Walenstadt, en Suisse orientale. Les enfants passent trois semaines loin de l'Ukraine, leur pays d'origine. Situé à environ 200 kilomètres au nord-ouest de Kiev, leur village nommé Lipniki compte plus ou moins le même nombre d'habitants que Flums, explique Angelika Novitska, maîtresse de jardin d'enfants ukrainienne et principale responsable du camp.

Un village presque sans magasins, sans eau courante dans les maisons. La région est pauvre et peu peuplée, sans perspectives d'emploi. La centrale nucléaire de Tchernobyl, avec son réacteur 4 qui a explosé le 26 avril 1986, se trouve à 150 kilomètres. Depuis, le village de Lipniki fait partie de la zone 3 (encadré, page 24). Le sol y est irradié, mais moins que dans la zone interdite, où il est en principe interdit d'habiter. Des enfants plus âgés leur avaient raconté leur séjour, Maria et Jaroslav savaient déjà à quoi s'attendre en Suisse. On va visiter un vrai zoo! Et une mine! Et même un château! Il y a des frites et des saucisses à manger! Et on va dans un parc d'escalade, on se balance dans l'air! Et il y aura de la baignade! Il y a de très hautes montagnes! L'air est si pur! Il y a tellement à manger! Et c'est bon!
...

Depuis 2003, l'organisation du camp est assumée par les frères Luzi et Daniel Oberer, avec des amis et des connaissances. La première action de ce genre a eu lieu à Soleure en 1997, alors portée par des milieux critiques face au nucléaire qui voulaient également fournir un engagement humanitaire. Les frères Oberer y avaient participé avant de continuer ces activités en Suisse orientale dans le cadre de leur association. Luzi Oberer n'est plus membre du comité de l'association, mais reste en quelque sorte son porte-parole. Agent d'accompagnement aux Chemins de fer rhétiques, il parle couramment le russe. Les enfants viennent de seize communes. "La population de ces communes est passée de 27'000 à 17'000 habitants", raconte-t-il.

Si la situation économique n'a jamais été bonne, les conditions de vie se dégradent de plus en plus pour les personnes qui restent et les enfants qui naissent dans la région. Trente ans après la catastrophe nucléaire, la vie dans la zone 3 ne s'améliore pas; au contraire, il n'y a presque pas d'emplois. D'où une forte consommation d'alcool, qui entraîne des violences domestiques, explique Luzi Oberer. "Beaucoup d'enfants ne mangent pas à leur faim. Leur système immunitaire est affaibli. C'est aussi dû aux modifications génétiques produites par l'irradiation. Les enfants sont tous plus ou moins contaminés." Angelika Novitska précise: "85% des enfants présentent des problèmes de santé." Les cas de cancer de la thyroïde et de tumeurs sont nombreux. La plupart des gens ont un système immunitaire déficient. Les maladies des voies respiratoires, les problèmes gastriques et les infections se multiplient également. Luzi Oberer ajoute: "Le seul changement, c'est que les cimetières s'agrandissent."

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http://www.greenpeace.org/switzerland/fr/themes/energies/energie-nucleaire/sortie-programmee/enfants-tchernobyl/

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