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29 oct. 2016

Genève, déjà trente ans sans l’atome

Le 21 novembre 1987, des Genevois manifestent pour la
fermeture du site nucléaire français de Creys-Malville.
Image: Christian Murat
Le canton de Genève consomme aujourd’hui une électricité provenant à 95% des énergies renouvelables (essentiellement hydraulique, mais aussi solaire, éolienne et biomasse). Seuls 5% sont encore issus d’une usine à gaz naturel luxembourgeoise, mais plus pour longtemps: dès l’an prochain, grâce aux barrages valaisans, l’approvisionnement électrique de Genève sera 100% renouvelable, et, qui plus est, 100% suisse.

Genève, déjà trente ans sans l’atome
par Antoine Grosjean, Tribune de Genève,
28 octobre 2016

Energie : Précurseur, le canton a décidé de bannir l’énergie nucléaire en 1986, et il s’en porte plutôt bien.

Si Genève l’a fait, pourquoi la Suisse n’y arriverait-elle pas? C’est la question que posent, au bout du lac, les partisans de l’initiative pour la sortie de l’énergie nucléaire. Étant donné la bonne expérience genevoise en la matière, ceux-ci ne se trouvent pas que dans le camp rose-vert. A Genève, seuls l’UDC et le PLR recommandent de voter non (et encore, plus du tiers des délégués du PLR étaient favorables au texte des Verts). En revanche, le MCG et le PDC soutiennent aussi l’initiative. Le PDC genevois est ainsi en porte-à-faux avec son parti national. «Beaucoup de nos délégués ont vécu la mobilisation contre Creys-Malville à l’époque et ont une fibre antinucléaire, relève le président du PDC genevois, Bertrand Buchs. Genève a fait l’effort d’avoir du courant vert et de diminuer sa consommation électrique. Et pourtant, on ne s’éclaire pas à la bougie.»

Cela fait longtemps que les Genevois, tous bords confondus, se méfient de l’atome. Il y a déjà trente ans qu’ils ont fait œuvre de pionniers en décidant de se passer de l’énergie nucléaire, à une forte majorité. En 1986, suite à l’accident de Tchernobyl, ils étaient presque 60% à voter pour ancrer ce principe dans la constitution cantonale et depuis 2005, toute l’électricité vendue par les Services industriels de Genève (SIG) est certifiée non nucléaire. L’opposition au projet de centrale nucléaire à Verbois avait déjà fédéré dès le début des années 70 un large front allant des jeunes écolo-gauchistes à des personnalités de droite, en passant par les milieux agricoles.

Genève est resté aujourd’hui largement antinucléaire, en partie grâce au succès de sa politique énergétique. Loin de devoir s’approvisionner auprès des très polluantes centrales à charbon allemandes – menace brandie par les opposants à l’initiative des Verts – le canton consomme aujourd’hui une électricité provenant à 95% des énergies renouvelables (essentiellement hydraulique, mais aussi solaire, éolienne et biomasse). Seuls 5% sont encore issus d’une usine à gaz naturel luxembourgeoise, mais plus pour longtemps: dès l’an prochain, grâce aux barrages valaisans, l’approvisionnement électrique de Genève sera 100% renouvelable, et, qui plus est, 100% suisse, comme à Bâle-Ville. C’est un grand pas en avant alors qu’à l’heure actuelle, 56% de l’électricité du canton est encore d’origine européenne (dont 51% d’hydraulique).

Les partisans de l’atome brandissent aussi la menace de la hausse du prix de l’électricité en cas de oui à l’initiative. Mais là encore, l’exemple genevois tend à infirmer cet argument, puisque les tarifs des SIG correspondent à la médiane des tarifs cantonaux et ont même longtemps été en dessous. Selon le conseiller aux Etats écologiste Robert Cramer, l’un des artisans de la sortie genevoise du nucléaire, Genève a toujours été plus ou moins dans les prix du marché suisse et sa politique énergétique n’a jamais posé de problème d’approvisionnement majeur. Pour l’ancien conseiller d’Etat, le facteur de succès le plus déterminant, en plus de la volonté politique, a été l’introduction de la traçabilité du courant: «Dès le début des années 2000, les Genevois ont pu choisir l’origine de l’électricité qu’ils souhaitent consommer, souligne-t-il. On a ainsi créé un cercle vertueux et suscité une demande. La sortie du nucléaire nous a permis de développer un marché pour les énergies renouvelables.»

(TDG)

http://www.tdg.ch/suisse/Geneve-deja-trente-ans-sans-l-atome/story/11694838

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