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18 nov. 2016

Les Guaranis face aux multinationales

Déterminés, les Guaranis refusent d’accepter plus longtemps que Coca-Cola, PepsiCo, Cargill ou Nestlé tirent profit de «leur» plante, alors qu’eux-mêmes ne cessent de s’appauvrir et sont chassés de leurs terres.

Les Guaranis face aux multinationales
Public Eye, 16 novembre 2016 - Extrait

La stévia est à la base d'un commerce très lucratif pour les multinationales agroalimentaires. Cette plante est de plus en plus utilisée dans l'industrie comme alternative saine au sucre. Les Guaranis, qui ont découvert ses vertus édulcorantes et l'utilisent depuis des siècles, ne profitent pas des retombées économiques de ce juteux commerce. Mais aujourd'hui, ils se mobilisent et revendiquent leurs droits.
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Les Guaranis se mobilisent

Cela faisait des années qu’un tel rassemblement n’avait pas eu lieu: plus d’une centaine de leaders et de représentants des communautés guaranies se sont réunis sur le site sacré de Jasuka Venda au Paraguay.

Les Pai Tavytera du Paraguay et les Kaiowa du Brésil entretiennent de nombreux liens familiaux, mais séparés par la frontière, ils n’ont pas pour habitude de mener des actions politiques conjointes. En août 2016, ils se sont pourtant réunis pour définir ensemble comment faire valoir leur droit: le partage juste et équitable des bénéfices découlant de l’utilisation de leurs savoirs associés à la stévia.

Déterminés, les Guaranis refusent d’accepter plus longtemps que Coca-Cola, PepsiCo, Cargill ou Nestlé tirent profit de «leur» plante, alors qu’eux-mêmes ne cessent de s’appauvrir et sont chassés de leurs terres. En tant que détenteurs du savoir traditionnel associé à la stévia, ils veulent négocier un accord de partage des bénéfices avec ces sociétés.

L’accès à la terre comme enjeu central

En vertu de la Convention sur la diversité et du Protocole de Nagoya, les Guaranis auraient dû donner leur accord pour l’utilisation de la stévia à des fins commerciales. Ils savent qu’il est trop tard pour empêcher les géants de l’agroalimentaire d’utiliser la stévia et leurs savoirs. Ils entendent donc obtenir au moins une compensation. C’est l’accès à la terre qui est au centre de toutes leurs préoccupations. Leur espoir: que les retombées d’un éventuel accord leur permettent de récupérer une partie de leurs terres ancestrales et de reconstituer le territoire de la stévia.
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Les Guaranis face aux géants de l’industrie

Le chemin est encore long, mais les Guaranis viennent de franchir une étape décisive en revendiquant leurs droits et en commençant à s’organiser pour les faire valoir. L’objectif est de pouvoir entamer, dans le courant de l’année 2017, des négociations à proprement parler avec les entreprises.

Interpellées par Public Eye, plusieurs sociétés se sont déclarées prêtes à entamer des négociations avec les Guaranis.

Dès la publication du rapport «Stévia: une douceur au goût amer» en novembre 2015, Public Eye a engagé des discussions avec les principaux producteurs et utilisateurs d’édulcorants dérivés de la stévia, notamment au sujet d’un éventuel partage des bénéfices avec les Guaranis.

Les premiers résultats sont encourageants. Bien que certaines sociétés comme Unilever, Ricola, PepsiCo ou encore le géant Coca-Cola n'aient pas répondu ou aient refusé d'entrer en matière, d’autres entreprises sont désormais prêtes à entamer des négociations en vue d’un accord, dans l’esprit de la Convention sur la diversité biologique et du Protocole de Nagoya. L’entreprise bâloise Evolva, Migros et Nestlé ont déclaré soutenir le principe de partage des bénéfices avec les peuples autochtones et les pays d’origine.

Notre rapport de suivi, publié en novembre 2016, présente les résultats de nos discussions avec les firmes, ainsi que les principaux développements de ce dossier depuis notre première publication en 2015.

Au niveau international, des discussions sont encore en cours avec quelques-uns des principaux producteurs et utilisateurs des glycosides de stéviol. Vous pouvez vous aussi soutenir les revendications des Guaranis et nous aider à maintenir la pression...

Public Eye:
Depuis près de cinquante ans, Public Eye porte un regard critique sur l’impact de la Suisse et de ses entreprises sur les pays pauvres. Elle lutte contre les injustices trouvant leur origine en Suisse et demande le respect des droits humains partout dans le monde. Association indépendante, Public Eye agit ici pour un monde plus juste.  https://www.publiceye.ch/fr/

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