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7 nov. 2016

Nouvelles de Genève : Un centre du sein pour mieux traiter les cancers

Un centre du sein pour mieux traiter les cancers
par Sophie Davaris, Tribune de Genève, 21 octobre 2016

Médecine : Une cinquantaine de médecins et de la Clinique des Grangettes visent ensemble une accréditation, comme celle obtenue par les HUG en 2014.

Photo:  En soignant ensemble davantage de patientes, les médecins du nouveau centre du sein entendent leur offrir une meilleure qualité de traitement. De gauche à droite: les gynécologues Sindy Monnier et Eric Mégevand, l’oncologue Anne Hügli et la radio-oncolo?gue Conny VrielingImage: Georges Cabrera

S’unir pour augmenter le nombre de cas et améliorer la qualité des soins. Dans une société où une femme sur huit est touchée par le cancer du sein, une cinquantaine de médecins et de professionnels de la santé genevois ont entrepris de créer un centre du sein cantonal. Dès le 1er novembre, ces spécialistes – sénologues, radiologues, oncologues, radiothérapeutes, chirurgiens plasticiens, pathologues, généticiens, infirmières spécialisées, physiothérapeutes, diététiciennes et psychologues – se réuniront dans un réseau qui se déploiera sur deux pôles. L’un situé au 1, rue de Rive – siège des médecins indépendants – l’autre à la Clinique des Grangettes. Un numéro de téléphone commun centralisera les appels et les demandes de rendez-vous.

Une hotline



Qu’y gagneront les patientes? «Une femme inquiète pour sa santé, car elle aura remarqué, par exemple, une boule dans sa poitrine, pourra appeler notre hotline*. Elle sera vue par un médecin dans les cinq jours. Elle bénéficiera en une seule journée d’un entretien, d’une échographie, d’une mammographie et, si nécessaire, d’une biopsie. De plus, une infirmière de référence l’accompagnera tout au long de son parcours», explique la Dre Sindy Monnier, chirurgien gynécologue et ancien cadre des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), désormais installée aux Grangettes. L’intérêt pour la patiente? Outre l’assurance d’un parcours facilité et balisé, elle pourra compter sur l’expérience cumulée de médecins qui se réuniront pour évaluer, ensemble, chaque situation individuelle.

En réalité, cette concertation existe depuis longtemps à Genève: créé en 1999, le SONGe (ou réseau de sénologie et onco-gynécologie genevois) regroupe des médecins qui s’occupent de patientes atteintes de cancers gynécologiques. Une fois par semaine, au sein d’une consultation multidisciplinaire, l’un d’entre eux détaille un cas, rendu anonyme. Les différents aspects de la maladie et de la prise en charge sont abordés et discutés entre les spécialistes afin de déterminer la meilleure solution pour chaque patiente.

Le SONGe organise aussi un colloque mensuel de formation continue et un symposium romand tous les deux ans. Désormais, ces médecins s’associent à la Clinique des Grangettes. «Nous étions organisés depuis des années pour assurer des soins de qualité. Là, nous visons un label de qualité officiel», résume la Dre Anne Hügli, oncologue et présidente du SONGe.

Plus de cas, plus de qualité

De son côté, la Clinique des Grangettes désirait, depuis longtemps, créer un centre du sein. Outre le plateau technique dont il dispose, l’établissement a développé un pôle mère-enfant et un centre d’oncologie et de radiothérapie. «Plutôt que de créer un centre tout seul, avec une centaine de cas par an, nous avons préféré nous unir aux médecins de ville afin de regrouper 250 cas», poursuit Sindy Monnier.

Le nombre a son importance, car il représente un indicateur de qualité. «Plus vous voyez de cas, meilleur vous êtes», résume Anne Hügli. «Il existe encore des médecins qui n’opèrent que deux ou trois cancers par an», déplore le Dr Eric Mégevand. A cet égard, le président de l’Ordre des gynécologues et obstétriciens de Genève invite tout gynécologue qui le souhaite à participer au centre, afin de bénéficier d’une supervision.

Le nouveau centre vise un objectif clair: l’accréditation au niveau national, auprès de la Ligue suisse contre le cancer, dont les critères sont définis par la Société suisse de sénologie. Les exigences, précises et nombreuses, sont actuellement remplies par douze centres suisses, dont celui des HUG (lire ci-dessous).

Sur le plan des soins, les médecins soulignent les progrès accomplis ces dernières années: «Le parcours des patientes a été personnalisé, note la Dre Conny Vrieling, radio-oncologue. Nous offrons désormais des traitements sur mesure: la chirurgie est de plus en plus minimaliste, on pratique moins de chimiothérapies, la radiothérapie est plus ciblée et individualisée.» Les médicaments se sont nettement améliorés. «On peut désormais stabiliser la maladie lorsqu’elle est devenue métastatique. Nous parvenons à trouver des stratégies qui permettent de vivre avec un cancer du sein comme avec une maladie chronique», ajoute Anne Hügli.

Si le nombre de cas de cancer du sein a augmenté ces dernières années, la mortalité a diminué, grâce, notamment, au dépistage. «Le taux de survie à dix ans était de 40% en 1971-1972. Il a grimpé à 80% en 2010-2011», précise Conny Vrieling.

Hotline Dès le 1er novembre: 0800 33 11 00. Deux centres de consultation: 1, rue de Rive ou Clinique des Grangettes, 7, chemin des Grangettes. www.centre-sein-geneve.ch

Pas de coopération avec les HUG, mais avec Zurich

«Notre objectif n’est pas d’être concurrents des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) mais complémentaires en offrant aux patientes qui le désirent la possibilité d’être prises en charge par la médecine libérale», déclare le Dr Eric Mégevand, président de l’Ordre des gynécologues et obstétriciens de Genève. Conseiller d’Etat responsable de la Santé, Mauro Poggia voit plutôt d’un bon œil la création de ce nouveau centre: «Officiellement, je n’ai pas à me prononcer, le Canton n’ayant aucun moyen de piloter l’ambulatoire. Est-il opportun dans un petit canton d’avoir deux centres plutôt qu’un seul? A priori, avoir le choix est une bonne chose pour les patientes. Je préfère la concurrence, qui est toujours saine, à la concentration en un seul lieu. Toutefois, il importe que l’Hôpital conserve ses compétences, car si le privé peut offrir des solutions, il peut aussi les retirer.»

Consultés, les HUG ne souhaitent pas se prononcer quant à la création de cette nouvelle structure privée. Ils rappellent qu’ils disposent, depuis juin 2011, de leur propre centre du sein, qui «peut se prévaloir, depuis 2014, du label de qualité attribué par la Ligue suisse contre le cancer et la Société suisse de sénologie. Ce label est donné aux centres qui répondent à 59 critères de qualité extrêmement sévères (lire ci-contre), observe le porte-parole, Nicolas de Saussure. L’accréditation est un processus rigoureux qui nécessite une grande constance dans l’approche clinique et scientifique.»

Et d’ajouter: «L’équipe pluridisciplinaire et le plateau technique de dernière génération du centre du sein des HUG permettent d’offrir en un seul lieu une prise en charge globale et personnalisée du cancer du sein. Les patientes y trouvent l’accompagnement et les soins nécessaires, tant pour définir le diagnostic que pour les thérapies et le suivi à long terme.»

En mars 2015, les Grangettes avaient demandé aux HUG de partager leur équipement de radiothérapie intra-opératoire, qui permet, durant l’opération chirurgicale, d’irradier la patiente – ce qui lui évite ainsi une radiothérapie ultérieure. Ce projet de coopération n’a pas abouti. Les Grangettes discutent désormais avec Zurich pour partager un équipement d’une valeur d’environ un million de francs.

Mauro Poggia, qui encourage régulièrement la coopération public-privé, avait déploré cette issue malheureuse. Aujourd’hui, il déclare que «les HUG étaient prêts à cette collaboration, mais des médecins du privé ont refusé le droit de regard que la structure publique entendait, de bon droit, exercer sur l’utilisation de leur matériel. Les HUG voulaient être sûrs que leur équipement soit utilisé à bon escient et je les comprends. Les médecins de ville ont refusé ce contrôle, sans doute car leurs critères ne sont pas les mêmes.»

Ce à quoi le directeur des Grangettes, Gilles Rufenacht, répond: «Les critères d’utilisation, qui se basent sur des recommandations internationales, sont les mêmes pour les médecins du Centre du sein de Genève que pour les médecins des HUG. L’ouverture des hôpitaux zurichois à collaborer nous réjouit et traduit une volonté politique cantonale de maîtrise de coût et de partage des compétences.»

http://www.tdg.newsnetz.ch/geneve/actu-genevoise/Un-centre-du-sein-pour-mieux-traiter-les-cancers/story/22381979

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