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17 janv. 2017

Crash d'Egyptair (mai 2016) : que s'est-il passé dans le cockpit de l'avion ?

Crash d'Egyptair : que s'est-il passé dans le cockpit de l'avion ?
par Jean-Marc Ducos, leparisien.fr, 
13 janvier 2017

Les enquêteurs ont constaté un parallèle troublant entre le déclenchement des premières alertes et l'endroit où le copilote avait déposé un portable et une tablette.

Un téléphone iPhone 6S, une tablette iPad mini 4 et quatre flacons de parfum dont deux aérosols. Autant d'objets en apparence anodins qui sont pourtant au cœur de l'enquête des gendarmes français sur le crash de l'Airbus d'Egyptair qui a fait 66 morts, dont 15 Français, en mai dernier, en mer Méditerranée.

Tous ces objets étaient posés sur le coin droit du tableau de bord, à la place du copilote, près d'une des vitres du cockpit. A l'endroit exact d'où sont partis les premiers messages d'alerte envoyés automatiquement par le système Acars de l'appareil. Ils signalaient des avaries sur les vitres latérales droites.

Selon nos informations, cette piste d'enquête trouve sa source dans les images des caméras de surveillance qui filmaient l'appareil lorsqu'il était encore au sol au poste d'embarquement à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle le 19 mai dernier, juste avant de décoller vers Le Caire. Des images qui montrent très clairement que le copilote égyptien a déposé, sur la casquette du tableau de bord son téléphone, sa tablette et ses flacons de parfum achetés avant d'embarquer. Comme on range ses effets dans un vide-poches.

Une fumée « intense » dans le cockpit

Avant de prendre sa place dans le cockpit, le copilote est passé au contrôle et ses deux appareils aussi. Rien d'anormal n'a été détecté sur le téléphone et la tablette. Mais les enquêteurs n'excluent pas aujourd'hui des risques d'échauffement de ces appareils alimentés par des batteries au lithium à la stabilité controversée.

Pour émettre cette hypothèse d'un « lien indirect » entre la présence de ces appareils électroniques et les avaries dans le poste de pilotage, les gendarmes se réfèrent aux quelques secondes qui précèdent la disparition du vol MS 804 au-dessus de la Méditerranée. Des messages d'alertes automatiques, dits Acars, sont transmis par des capteurs au centre de gestion de la compagnie et à la société qui commercialise ce dispositif.

Le premier de ces messages transmis est le « 3044 anti ice right window ». Ce code indique un problème de dégivrage ou de l'alimentation électrique de la vitre droite, celle du copilote. Il est suivi dans la même seconde d'un autre message, « 561200 sliding right window », qui concerne cette fois la vitre coulissante du cockpit, toujours côté copilote.

Des fumées dans les toilettes avant et dans la soute

Deux secondes plus tard cette fois, une autre alerte signale un incident « sur la vitre fixe latérale », encore du même côté. Ces messages dénoncent une anomalie, mais ne précisent pas laquelle. Puis une autre série de messages s'ensuit et signale cette fois des fumées dans les toilettes avant de l'appareil ainsi que dans la soute.

Les enquêteurs ne font donc que constater un parallèle troublant entre la dépose de ces appareils alimentés par des batteries au lithium et le déclenchement d'alertes pendant le vol sur le côté droit du cockpit quelques secondes avant que les pilotes ne signalent une fumée « intense » dans leur poste. Ces constatations opérées dans l'enquête dite « d'environnement de l'appareil » doivent maintenant être confrontées aux investigations techniques menées par les autorités égyptiennes en lien avec le BEA français. Des investigations assez opaques jusqu'ici.

Jointe par nos soins, la firme Apple a réagi : « Nous n'avons pas été contactés par la GTA ou toute autre autorité enquêtant sur ce tragique événement. Nous n'avons pas eu accès au rapport, mais la compréhension que nous en avons est qu'il n'y a pas de preuve qui lie cet événement aux produits Apple. Nous sommes entièrement à la disposition des enquêteurs pour répondre à toute question. Nous testons rigoureusement nos produits afin de nous assurer qu'ils soient conformes, voire qu'ils dépassent les standards internationaux de sécurité. »

Les corps de 8 victimes du crash de l'avion d'Egyptair seront rapatriés en France le 17 janvier. Une cérémonie d'hommage pour les familles des victimes est prévue à l'aéroport de Roissy.

Plusieurs incidents avec des portables

« Les batteries au lithium sont généralement fiables. Mais elles peuvent être soumises à un emballement thermique qui conduit à un échauffement pouvant provoquer l'explosion de la batterie. Le fusible interne ne remplit plus son rôle. C'est souvent le cas lorsqu'on utilise un chargeur qui n'est pas celui d'origine », explique un ex-enquêteur spécialisé du BEA.

Dans le passé, comme le signale une note du dossier judiciaire, six incidents ont impliqué des smartphones dont les batteries ont pris feu spontanément au cours de vols.

Le 8 décembre 2010, un vol Air France Atlanta-Paris a été confronté à un début de feu d'origine électrique provoqué par une batterie d'appoint écrasée dans la structure d'un siège.

« La seule extinction des flammes n'arrête pas le phénomène d'inflammation, sauf si la batterie est refroidie, indique le BEA dans son rapport d'incident. Projeter de l'eau peut aussi aviver les flammes et [...] provoque un dégagement d'hydrogène hautement inflammable. »

Le 2 mai 2013, Air France a également dû faire face, lors d'un vol Paris-São Paulo, au feu spontané d'un téléphone en cours de chargement. L'Agence européenne de sécurité aérienne (EASA) recommande donc « l'utilisation de chargeurs d'origine », préconisant aussi de ne pas embarquer de batteries délivrant plus de 100 watts à l'heure.

http://www.leparisien.fr/faits-divers/crash-egyptair-les-mysteres-du-cockpit-13-01-2017-6560793.php

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