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12 janv. 2017

Suisse : Les médicaments ne font pas toujours du bien

Les médicaments ne font pas toujours du bien
par Caroline Zuercher, Tribune de Genève, 9 janvier 2017

Santé : Les intoxications augmentent et les médicaments sont les premiers fautifs. Les hôpitaux s'inquiètent aussi des erreurs.

Les médicaments permettent de guérir? Ils provoquent aussi plus de trente intoxications par jour en Suisse. Pilules et autres suppositoires sont la première cause d’appel au numéro d’urgence 145, géré par Tox Info Suisse. L’an dernier, cette organisation a dénombré 6500 cas chez les adultes, et 5800 chez les enfants.

En 2006, ces chiffres étaient d’environ 5000 pour les adultes et 4000 pour les enfants. Comme le montre le tableau ci-contre, cette hausse se retrouve pour les autres types d’intoxications. Selon Hugo Kupferschmidt, directeur de Tox Info Suisse, elle s’explique d’abord par l’augmentation de la population. Les cas enregistrés par son organisation ne représentent toutefois que la pointe de l’iceberg. Et si les conséquences restent la plupart du temps légères, les évolutions graves sont plus fréquentes que pour d’autres empoisonnements.

Entre 2 et 5 ans

Hugo Kupferschmidt appelle donc à la vigilance. En particulier celle des parents, puisque près d’une fois sur deux la victime est un enfant. Les âges les plus à risque? Entre 2 et 5 ans. Souvent, les produits dangereux ne sont pas entreposés dans des lieux sûrs. «Certains parents donnent aussi trop de médicaments, poursuit le docteur. Ils donnent par exemple un suppositoire dont le dosage est trop fort pour l’âge de leur enfant. Ou ils confondent les gouttes pour les oreilles et celles pour les yeux.»

Et les adultes? Là, les problèmes surviennent surtout quand les patients ne peuvent pas contrôler la situation – qu’ils soient inconscients ou atteints de démence. Un médicament habituellement prescrit une fois par semaine peut par exemple être donné tous les jours… «Les institutions de soin doivent mettre en place un système de qualité et des processus pour éviter les confusions», plaide Hugo Kupfer­schmid.

Cette question intéresse également l’organisation Sécurité des patients Suisse (SPS). Selon ses extrapolations, les complications liées aux médicaments (dont font partie les intoxications) entraînent 1200 à 1800 décès par an en Suisse. Dans les hôpitaux, un patient sur dix serait concerné par de tels problèmes. «Les soucis viennent souvent de patients âgés qui prennent beaucoup de médicaments, sans qu’on connaisse toute la liste», décrit Liat Fishman, collaborative chez SPS.

Projet pilote

Mauvais dosage, allergies, mauvaises interactions, oubli d’un traitement… Les problèmes peuvent être nombreux. Pour tenter d’enrayer le phénomène, Sécurité des patients Suisse a mené jusqu’en décembre un projet pilote avec huit hôpitaux suisses, dont le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Ce programme s’est concentré sur un moment-clé, la phase d’admission des patients. Le personnel doit alors dresser une liste exhaustive des médicaments pris par la personne. Or, près de 10% des remèdes ne seraient pas répertoriés. Une check-list des questions à poser aux patients et différentes procédures ont été testées dans le cadre de ce projet, dont Sécurité des patients Suisse analyse actuellement les résultats. Des recommandations seront ensuite élaborées. Avec un but: que tous les hôpitaux puissent mettre en place un processus standardisé.

Le CHUV et les HUG étudient aussi les suites à donner au programme. «Son extension nécessite toutefois des prérequis comme des ressources supplémentaires et un support informatique adapté et utilisé par tous les services», précise Aziza Touel, consultante clinique à la direction médicale du CHUV. Aux HUG, des outils informatiques sont développés. Le but est que le traitement d’un patient soit suivi au plus près jusqu’à sa sortie et d’établir une communication plus étroite entre les différents acteurs, précise Caroline Samer, du Service de pharmacologie et toxicologie.

La solution miracle n’existe toutefois pas. «Des questions resteront ouvertes, poursuit Caroline Samer. Comme celle de savoir si le patient a vraiment pris les médicaments annoncés…» (TDG)

http://www.tdg.ch/suisse/Les-medicaments-ne-font-pas-toujours-du-bien/story/27129421

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