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20 mars 2017

Attention à l’ibuprofène pendant la grossesse

Photo d'illustration.  Image:  CYBERPHOTO
Pas seulement un danger chez le foetus. L'étude danoise, menée sur 10 ans auprès de 30'000 patients a révélé que l’utilisation d’anti-inflammatoires, dont l’Ibuprofène augmenterait de 31% le risque d’arrêt cardiaque.

Attention à l’ibuprofène pendant la grossesse
par Bertrand Beauté, Tribune de Genève,
11 mars 2017

Santé : Selon une étude qui vient de paraître, le médicament est susceptible d’entraîner des perturbations hormonales chez le fœtus.

Il s’agit d’une preuve supplémentaire que la prise d’ibuprofène durant la grossesse pourrait avoir des effets délétères. Des chercheurs français, danois et écossais ont soumis des testicules fœtaux humains en culture à ce médicament anti-inflammatoire. Leurs résultats, publiés le 10 mars dans la revue Scientific Reports, montrent que cette molécule diminue la production par les testicules de testostérone, d’hormone antimüllérienne, d’insuline like factor 3 et de prostaglandine E2 – quatre hormones impliquées dans la différenciation de l’appareil urogénital du fœtus. Tous ces effets sont observés très tôt au cours du premier trimestre de grossesse.

Une nouveauté. «Jusqu’ici, l’ibuprofène était catégoriquement déconseillé après le sixième mois de grossesse, en raison notamment des problèmes rénaux qu’il engendre, souligne Bernard Jégou, directeur de l’Institut de recherche en santé, environnement et travail (Irset) à Rennes et principal auteur de l’article. Nos travaux incitent à observer une grande prudence quant à l’utilisation de ce médicament dès le 1er trimestre de grossesse.»

De précédentes recherches épidémiologiques avaient déjà montré une association entre la prise d’antalgiques (paracétamol, aspirine ou ibuprofène) pendant la grossesse et la survenue d’effets indésirables chez l’enfant (petit poids de naissance, asthme, prématurité…). «Pris durant la grossesse, ces trois médicaments multiplient par deux le risque de non-descente des testicules (cryptorchidie), souligne Bernard Jégou. En outre, si l’on mélange l’une ou l’autre de ces molécules, on observe un effet non pas additif mais multiplicateur sur l’incidence des malformations. Le risque de cryptorchidie augmente alors d’un facteur 17 par rapport à une femme enceinte qui n’aurait pas pris ces médicaments.» Bref, tous les faisceaux d’indices convergent vers une modération quant à la consommation d’antalgiques durant la grossesse.

Pourtant, Bernard Jégou ne veut pas tomber dans le catastrophisme: «Ces produits restent extrêmement utiles et parfois on ne peut pas s’en passer, même durant la grossesse. Néanmoins, il est nécessaire d’informer les gens et les médecins sur les risques qu’ils entraînent pour le fœtus.» Vendu sans ordonnance, l’ibuprofène n’est, en effet, pas toujours perçu comme un «vrai» médicament. «Lorsque l’on demande aux femmes si elles ont consommé un médicament durant leur grossesse, seulement une sur dix répond par l’affirmative, poursuit Bernard Jégou. Mais si, lors de la même interview, on leur présente une liste de molécules, ce chiffre grimpe à 30% pour l’ibuprofène. Elles n’ont pas conscience de prendre une molécule active.» Pour le chercheur, il ne faut pas cesser de consommer des antalgiques durant la grossesse, mais le faire avec prudence. «Les femmes enceintes qui souffrent doivent prendre contact avec un médecin. En cas d’automédication, celle-ci doit être courte et à dose la plus faible possible.»( TDG)

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