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9 mars 2017

Dominique Belpomme : « 70 à 90% des cancers ont pour origine les pollutions environnementales »

Dominique Belpomme : « 70 à 90% des cancers ont pour origine les pollutions environnementales »
psychologies.com, avril 2016

La dégradation de l’environnement serait la cause première du cancer, d’Alzheimer ou encore de l’autisme. Une théorie, souvent attaquée, que le professeur Dominique Belpomme a toujours défendue. Il publie aujourd’hui dans Comment naissent les maladies (Les Liens qui Libèrent) le résultat de dix années de recherches qui confirment ses soupçons : 70 à 90% des cancers seraient liés aux pollutions. Entretien.

Propos recueillis par Lucien Fauvernier

Comment vous êtes-vous intéressé au rôle de l’environnement dans l’origine de nos maladies ?



Dominique Belpomme : J’ai eu une intuition dès mes premières années d’exercice en tant que cancérologue dans les années 70. A cette époque déjà, le lien entre cancer et exposition à des rayonnements, des produits chimiques ou des microbes, était évident. Toutes les données disponibles invitaient à le penser comme une maladie de l’environnement. Vers 1990, l’épidémiologie s’est développée et a incriminé majoritairement le tabac, l’alcool et les déséquilibres alimentaires pour expliquer l’incidence du cancer. Mais ces facteurs sont favorisants, ils n’en sont pas l’origine ! Malheureusement, ce discours ciblé sur la conduite de l’individu a occulté le vrai problème de la pollution à tous les niveaux de la société. C’est au début 2000 que j’ai eu une vraie révélation face au changement de profil des malades. En consultation, j’ai reçu de plus en plus de jeunes femmes non-fumeuses, non-buveuses, qui a priori faisaient attention à leur alimentation. J’ai également constaté une multiplication des cas de cancers du cerveau chez des nourrissons de 6 mois, des cancers du pancréas chez des enfants de 7 ans, de l’ovaire chez de jeunes adolescentes… Il fallait chercher une autre cause à ce fléau que celle indiquée par les épidémiologistes : notre environnement et ses polluants.

Vous avez débuté vos recherches en 2004, quels sont les résultats aujourd’hui ?

Dominique Belpomme : Pour prouver l’impact de l’environnement sur le développement du cancer mais aussi du diabète et de l’obésité, il fallait trouver une base cellulaire et moléculaire. C’est sur ce point que nous avons fait une découverte de taille au tournant des années 2010 : l’inflammation de bas grade. C’est un type d’inflammation froide qui ne se traduit pas par des signes cliniques comme une sensation de chaleur, de douleur… Cette découverte a été réalisée grâce aux avancées et études réalisées dans le domaine de l’épigénétique. Nous savons désormais que des molécules ou des rayonnements peuvent modifier l’épigénome, nos mécanismes moléculaires au sein des cellules, et finalement altérer l’expression des gènes. Le génome modifié synthétise des protéines inflammatoires à l’origine de la plupart de nos maladies.

Quels changements introduit cette découverte sur l’origine des maladies telles que le cancer, Alzheimer ou l’autisme ?

Dominique Belpomme : C’est la preuve établie que la dégradation de l’environnement est à l’origine de 70 à 90% des cancers. Elle intervient de façon très importante dans l’obésité, le diabète, mais aussi Alzheimer et l’autisme. Toutes ces maladies auxquelles on ne trouve pas véritablement d’explication épidémiologique classique. Lorsque je parle de dégradation de l’environnement, je pointe du doigt les pesticides, qui sont cancérigènes et obésigènes, les particules fines, mais aussi les champs électromagnétiques reconnus possiblement cancérigènes par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et impliqués dans le développement de la maladie d’Alzheimer. Concernant l’autisme, nous avons maintenant la certitude que lorsqu’une femme enceinte possède dans ses tissus adipeux des pesticides, ces molécules vont être relâchées dans le sang et contaminer le fœtus. Cela va induire chez l’enfant, même si celui-ci ne déclarera pas d’autisme, une susceptibilité à la maladie qui va se transmettre sur 3 générations. C’est dramatique pour l’avenir, alors qu’aujourd’hui, un enfant sur 68 est diagnostiqué autiste.

Êtes-vous le seul médecin à tirer des conclusions si graves ?

Dominique Belpomme : Tout le monde est bien conscient de l’impact catastrophique de la dégradation de l’environnement sur notre santé mais une partie du corps médical, comme l’Académie de médecine, continue de faire un peu de résistance et à se reposer sur l’épidémiologie. Cependant, mon discours commence à porter ses fruits. Je n’ai reçu aucune déclaration contraire de la part d’aucune académie à la sortie de mon nouveau livre Comment naissent les maladies, pourquoi ? Parce qu’il y a un vrai accord de fond avec ma thèse, notamment de la part de l’Académie des sciences. Mes preuves sont solides. Globalement, les choses vont changer à l’avenir, maintenant que nous avons les explications concernant les origines des fléaux de santé publique qui nous touchent actuellement. Personne ne pourra détourner les yeux encore longtemps du vrai problème. Même si cela va à l’encontre de nombreux intérêts économiques et industriels, évidemment.

Vous alertez sur les méfaits des ondes électromagnétiques. Comment expliquez-vous le silence des organismes de santé les concernant et surtout l’absence totale de principe de précaution ?

Dominique Belpomme : Dès que l’on émet des soupçons sur les ondes électromagnétiques, on se heurte à une vraie levée de bouclier. Pourtant, les données incriminantes existent, ce qui explique que nous étions en 2015, à Bruxelles, plus de 25 médecins pour signer la Déclaration scientifique Internationale sur l’Electrosensibilité. Quant au principe de précaution, les pouvoirs politiques s’assoient dessus allègrement pour des questions économiques. Il y a clairement un déni de la réalité scientifique. Le vrai problème avec les ondes électromagnétiques que nous utilisons via les portables, le wifi...c’est qu’elles sont polarisées, contrairement à celles naturelles, elles sont concentrées vers un seul et même point. Notre organisme est habitué aux ondes naturelles, alors qu’il ne tolère pas les ondes modifiées. Celles-ci produisent, notamment chez les personnes électro-sensibles un déficit du flux sanguin dans certaines zones bien précises du cerveau.

Quelles dispositions prendre pour protéger sa santé ?

Dominique Belpomme : J’espère que très vite, les politiques de santé publique seront à l’origine de fortes initiatives pour empêcher l’accumulation des pollutions dans notre environnement et cesseront de se protéger derrière la diffusion de simples conseils d’hygiène de vie. Manger 5 fruits et légumes par jour, même bio, et faire du sport, c’est bien, mais totalement inefficace pour se protéger du cancer. Au niveau individuel, j’établis une liste de précautions à prendre pour se protéger des pollutions : choisir soigneusement la localisation de son habitation, éviter les produits agro-industriels et privilégier le bio, recourir à l’Internet câblé, utiliser aussi souvent que possible le haut-parleur de son téléphone portable… L’objectif est de se protéger au maximum des polluants, même si ce n’est pas toujours évident. Cela implique aussi de repenser le soin et de s’orienter vers une médecine « environnementale » qui s’appuie sur nos marqueurs biologiques. La médecine de demain devra faire appel systématiquement à la biologie moléculaire pour soigner dès les premiers signes d’une inflammation particulière. Ce n’est qu’à travers une vraie politique de protection de santé à tous les niveaux que nous pourrons endiguer l’épidémie de maladies que nous connaissons aujourd’hui.

L’Appel de Paris

En 2004, à l’UNESCO, le professeur Belpomme lançait l’Appel de Paris pour alerter la communauté scientifique et les médecins sur l’impact de la dégradation de l’environnement dans le développement des maladies.

La pollution, une menace pour la démographie ?

Selon le professeur Belpomme, si les projections démographiques mondiales pour 2100 sont passées de 16 milliards d’individu à 9 milliards, les effets de la pollution sur la fertilité sont directement impliqués. « Certes il y a des facteurs sociétaux qui expliquent cette baisse de natalité. Mais il y a aussi l’infertilité, souvent minimisée, à tort, puisqu’elle touche environ 15% des couples. Cette prévalence de l’infertilité notamment chez l’homme est très préoccupante et s’explique majoritairement par l’impact des différents polluants. »

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