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6 juil. 2017

Syndrome aérotoxique : quand l'air de l'avion devient nocif

En 2015, plus de 3,5 milliards de passagers et 1,5 million
de membres d'équipage auraient été exposés à de faibles
niveaux d'huiles de moteur.  
© MEIGNEUX/SIPA
Syndrome aérotoxique : quand l'air de l'avion devient nocif
par Lise Loumém Spécialiste santé au pôle digital de Sciences et Avenir, 5 juillet 2017

Des chercheurs britanniques alertent sur les risques du syndrome aérotoxique, trouble méconnu survenant en avion et pouvant être à l'origine de symptômes handicapants pour les pilotes.

Même si vous prenez souvent l'avion, il y a fort à parier que vous n'ayez jamais entendu parler du syndrome aérotoxique, ce trouble survenant lorsque l'on est exposé en vol à des fumées d'huile de moteur. Pourtant, ce phénomène serait loin d'être rare. C'est ce que montrent des chercheurs de l’Université de Stirling et d'Ulster (Royaume-Uni) dans deux études parues dans Public Health Panorama, revue de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Des conclusions inquiétantes que des compagnies et fédérations aéronautiques n'ont pas manqué de relayer afin de sensibiliser le personnel navigant.

Somnolence et troubles respiratoires lors des phases cruciales de vol


Comment l'air des cabines d'avion peut-il être contaminé ? En fait, pour pouvoir respirer convenablement en vol, et donc en altitude, il faut que l’air circulant dans la cabine soit chauffé et comprimé. Cet air est fourni par les réacteurs de l’avion, puis il passe dans les compresseurs des moteurs avant d’être diffusé en cabine. En principe, le circuit qu’il emprunte l’empêche d’être mélangé aux huiles qui lubrifient les moteurs. Mais en cas de fuites dues à une détérioration des joints, l’huile chauffée à très haute température libère des fumées toxiques, et parfois invisibles, qui passent dans le système de pressurisation des cabines.

Passagers et personnel navigant sont soumis à ces fuites, mais le plus grand risque d'exposition et de symptômes est pour ce dernier, bien entendu, puisque le temps passé en vol est considérable. Les chercheurs britanniques ont mené un sondage durant quatre ans auprès de 274 pilotes britanniques de la compagnie British Airways, afin de déterminer s'ils ont déjà été victimes d'un syndrome aérotoxique, à quelle fréquence et avec quels effets. Le résultat est édifiant : 88% des pilotes de l’échantillon signalent avoir été exposé à l'air contaminé, principalement sous forme de fumées, et 34% rapportent une exposition fréquente !

Même si un quart des individus interrogés ne rapporte aucun effet particulier, la moitié fait état de troubles respiratoires, fatigue, somnolence, vertiges et baisse de la concentration et de la mémoire... Des symptômes loin d'être négligeables quand on doit garder le contrôle d'un avion ! Surtout que la grande majorité des troubles (87%) se produit au moment du décollage ou de l'atterrissage, phases les plus cruciales du vol.

1,5 million de membres d'équipage exposés en 2015

En sus de ce sondage, les chercheurs britanniques ont analysé une quinzaine de rapports de cas de symptômes liés à l'air contaminé en vol. Dans un tiers des cas, les pilotes ont constaté une baisse de leurs capacités à piloter l'avion. Dans la moitié des situations rapportées, des effets néfastes sur le long terme ont été constatés pour un ou plusieurs membres d'équipage : de l'asthme chronique au cancer, en passant par les problèmes de mémoire ou de concentration.

En 2015, plus de 3,5 milliards de passagers et 1,5 million de membres d'équipage ont été exposés à de faibles niveaux d'huiles de moteur, avance l'étude. "Il existe donc un besoin évident de reconnaître le syndrome aérotoxique, de créer un protocole médical international pour le personnel navigant et d'engager de nouvelles études sur le sujet", affirment les auteurs. Reste aussi à préciser les risques pour les passagers qui prennent très fréquemment l'avion.

https://www.sciencesetavenir.fr/sante/allergies/syndrome-aerotoxique-quand-l-air-de-l-avion-devient-nocif_114472

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