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2 août 2017

L’automobile allemande sur le banc des accusés

Des manifestants à Berlin.  Image: Reuters
Les juges ont été clairs: la santé publique prime les intérêts économiques des constructeurs. 

L’automobile allemande sur le banc des accusés
par Christophe Bourdoiseau, 
24 heures, 2 août 2017

Economie :Le «sommet du diesel» pourrait devenir le procès d’une industrie critiquée pour préférer la rentabilité à la santé.

Les constructeurs automobiles sont officiellement invités ce mercredi par le gouvernement à trouver des solutions aux émissions de leurs moteurs truqués. Mais ce «Forum national sur le diesel» ressemblera fort à une convocation. «Ce rendez-vous ne sera pas une partie de plaisir», a promis Barbara Hendricks, ministre social etdémocrate (SPD) de l’Environnement.

Les constructeurs sont soupçonnés d’avoir formé un cartel au détriment de la santé publique. Le «Dieselgate» ne touche plus seulement Volkswagen mais toutes les marques. Audi va rappeler 850'000 véhicules dans toute l’Europe. BMW va «mettre à jour» son logiciel sur 2,5 millions de voitures. Daimler prépare une «remise à niveau» de 3 millions de Mercedes…

Les Allemands eux-mêmes doutent de l’honnêteté de leurs propres constructeurs. Selon un sondage de la première chaîne de télévision publique (ARD), 38% d’entre eux n’auraient déjà plus confiance dans leur industrie automobile.

Les responsables politiques n’exigent plus seulement des mises à jour de logiciels truqués mais des solutions concrètes, comme des pots catalytiques, pour réduire les émissions polluantes. Or les constructeurs ne sont pas disposés à investir massivement dans ces adaptations techniques, dont le coût risque d’être astronomique.

Alors que la Grande-Bretagne et la France ont annoncé la fin du moteur à combustion pour 2040, le gouvernement allemand refuse d’imposer une échéance à un secteur qui emploie 800 000 personnes. Les Allemands tergiversent aussi sur l’avenir du diesel, alors que Tesla a lancé son offensive commerciale avec des modèles plus abordables et que Volvo a annoncé l’arrêt des moteurs à combustion pour 2019.

«Il faut que le gouvernement cesse de défendre les intérêts de l’industrie automobile», insiste Timo Lange, de l’ONG LobbyControl, un observatoire sur les pouvoirs d’influence et les conflits d’intérêts. «Il faut un signal très clair de Merkel pour que cela change», estime ce défenseur de la transparence démocratique. Mais la chancelière, en vacances, ne sera pas à Berlin mercredi…

En pleine campagne électorale, les candidats restent très avares en critiques sur les méthodes de ces constructeurs qui incarnent le fameux «Made in Germany». «Cette industrie, qui fait des donations à tous les partis, est beaucoup trop liée au politique. Cela ne date pas de Merkel. Le social-démocrate Gerhard Schröder (SPD) était déjà surnommé le «chancelier de l’automobile», remarque Timo Lange. Au lieu d’innover, comme ils l’affirment, les constructeurs allemands persévèrent dans l’erreur en protégeant leur pré carré. «Résultat: Tesla, Toyota et d’autres ont pris une bonne longueur d’avance», constate Ferdinand Dudenhöffer, professeur d’économie à l’Université de Duisburg-Essen et expert du secteur automobile.

Enfin, les constructeurs allemands sont menacés par la justice. Le jugement du Tribunal de Stuttgart, la semaine dernière, a été une grande victoire pour les communes et les ONG voulant interdire la circulation des diesels dans les centres-villes pour réduire la pollution. Les juges ont été clairs: la santé publique prime les intérêts économiques des constructeurs. La fin du diesel est proche…

https://www.24heures.ch/economie/automobile-allemande-banc-accuses/story/18259319

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