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8 oct. 2017

Suisse : Hyperconnexion : l’aliénation du travailleur n’est pas loin

Les employés sont de plus en plus connectés.
Image: Keystone
Hyperconnexion : l’aliénation du travailleur n’est pas loin
par Lucie Monnat, ABO+ 24 heures, 
6 october 2017

Travail : Notre société ultraconnectée pose de grands défis au monde du travail. A l’employé d’apprendre à lutter.

Le voyant qui s’allume en bas de l’écran pour signaler la réception d’un mail, le chef qui téléphone sur le fixe, le chéri qui évoque le menu du soir sur WhatsApp. L’hyperconnectivité des travailleurs a mené à la multiplication des tâches simultanées, une extension des horaires de travail ou encore la réduction de la frontière entre vie privée et vie professionnelle.

A entendre les conférenciers du colloque sur l’impact des TIC (technologies de l’information et de la communication) sur l’organisation du travail, organisé jeudi à Lausanne par Addiction Suisse, la numérisation pose de grands défis. A l’instar de la dispersion au travail, ce fléau qui consiste à être régulièrement interrompu, à effectuer plusieurs tâches en même temps ou être en permanence bombardé d’informations diverses. Selon les chiffres de 2011 du Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) présentés par le médecin du travail Christian Voirol, les interruptions sont citées comme le premier facteur de stress au travail (48% des travailleurs sondés). Viennent ensuite le travail à un rythme élevé (43%) ou encore la pression des délais (40%).

Hausse des risques

La numérisation n’est pas l’unique responsable de cette évolution du travail: un open space est tout aussi sollicitant qu’un téléphone, nuance le spécialiste. «Mais elle a tendance à baisser les facteurs de protection de l’employé et à augmenter les risques liés au travail.» Avec l’hyperconnectivité vient par exemple le travail à distance: cela implique certes une diminution des temps de trajet, mais aussi des horaires malléables, du travail ramené à la maison – et ainsi un effacement de la frontière entre sphère privée et professionnelle – ou encore une nette diminution des rapports avec les collègues, et donc de soutien moral. «S’ajoute à cela une hausse des risques liés à l’augmentation de l’intensité, de la charge et du rythme du travail, une surcharge du volume d’informations ou encore un renforcement du contrôle de l’activité de l’employé par l’employeur, poursuit Christian Voirol. Le numérique laisse des traces.»

Impact sur la santé

L’impact sur la santé n’est pas anodin. «L’hyperconnectivité provoque une surcharge de travail dont le salarié n’a pas conscience, souligne la sociologue toulousaine Caroline Datchary. Le rapport au temps devient irrégulier, il s’emballe.» Pour Marie Pezé, responsable du réseau des consultations Souffrance et travail en France, ce nouveau rythme n’est tout simplement «pas adapté au corps humain». «Nous sommes devenus des athlètes de la quantité, et ce n’est pas étranger à la propagation des burn-out», estime-t-elle. Selon la spécialiste, l’économie évalue maintenant la tâche à accomplir en termes de chiffres à atteindre. Un quantitatif qui exige cadence, flux tendus, délais réduits, zéro mouvement inutile. Un cadre est ainsi interrompu toutes les six minutes, tandis que la moitié des employés n’osent pas se déconnecter. «Mais le cerveau ne fonctionne pas comme ça, c’est bien au-delà de ses capacités, souligne Marie Pezé. Eliminer les temps morts revient à méconnaître profondément le fonctionnement de notre corps.» Culpabilité, sentiment de ne pas être à la hauteur, comportements agressifs, altération du sommeil ou pics d’hormones sont autant de symptômes décrits par les patients de Marie Pezé.

Ce discours engagé est-il aussi applicable à la Suisse? «Nos corps sont vulnérables des deux côtés de la frontière», répond Dwight Rodrick, responsable prévention et formation en entreprise chez Addiction Suisse. Selon Christian Voirol, le Code des obligations suisse est plutôt bien fourni pour lutter contre les mauvais effets de la numérisation, tant dans la préservation de la santé de l’employé que dans la limitation de la surveillance de l’employeur. «Tous deux se partagent néanmoins les responsabilités, précise-t-il. Au travailleur de mettre en place des limites claires. Quel est le délai de réponse attendu pour un mail? Au patron de le préciser. L’implicite ne fonctionne pas, il implique un risque de pression si la réponse est jugée trop lente. L’employé a aussi le droit à la déconnexion, à lui d’en faire usage. Et si ça coince, c’est là qu’il faut faire jouer le droit du travail.» (24 heures)

Les frontières de l’addiction à Internet

Difficile, pendant de tels exposés, d’oser glisser un œil sur son téléphone portable. Bien que la frontière soit subtile, ultraconnecté ne signifie pas pour autant accro. Certains symptômes sont cependant identifiables, comme l’impossibilité de résister à la «consommation», un sentiment de tension croissante avant celle-ci, puis de soulagement, ainsi qu’une sensation de perte de contrôle. «Le problème, c’est qu’avec la cocaïne ou l’alcool, l’objectif est simple: consommation zéro, explique Sophia Achab, médecin responsable du programme Addictions sans drogues aux CHUV et HUG. Mais Internet est devenu omniprésent, indispensable à la vie quotidienne. Le traitement représente donc un gros défi.»

En Suisse, l’addiction à Internet concerne 1% de la population, dont 83% d’hommes. Les comportements problématiques concernent surtout le jeu, le visionnage de vidéos, la consommation d’informations, les achats compulsifs ou encore la pornographie.

Les HUG possèdent un programme de prise en charge spécialisé. Selon Sophia Achab, les demandes de consultation vont croissant. Celles-ci viennent tant des personnes concernées que de l’entourage, des écoles ou des employeurs.

https://www.24heures.ch/suisse/hyperconnexion-alienation-travailleur-nest/story/30272476

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