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25 juin 2018

Suisse : Les écoles cherchent un outil pour remplacer WhatsApp

Y a-t-il plus ridicule que cela? On a écrit une opinion sur ce sujet pour deux journaux... quand certains pays sont en train d'interdire les téléphones portables des écoles, la Suisse se préoccupe de remplacer WhatsApp par une autre app car la nouvelle directive européenne a limité l'âge de son utilisation à 16 ans au lieu de 13 ans.

Les écoles cherchent un outil pour remplacer WhatsApp
Par Gabriel Sassoon, ABO+, 24heures.ch, 23 juin 2018

L'utilisation de l'application par des écoliers pose des
problèmes depuis qu'elle est interdite aux moins de 16 ans.
Des alternatives existent. 
Image: Keystone
Communication : Les moins de 16 ans ne peuvent plus utiliser l’application. Des profs cherchent un moyen sûr pour communiquer avec leurs élèves.

WhatsApp banni des salles de classe, qui prendra la relève? La question se pose avec insistance pour les enseignants qui appréciaient ce moyen de communication avec leurs élèves. Depuis le 25 mai et l’entrée en vigueur d’un règlement européen sur la protection des données, destiné avant tout à protéger les plus jeunes, l’âge limite pour utiliser la messagerie instantanée est passée de 13 à 16 ans. En Suisse aussi. Elle n’a donc, théoriquement, plus droit de cité à l’école obligatoire. Fini la possibilité de transmettre un changement d’horaire, d’annoncer un retard ou de coordonner une sortie de classe, entre autres, grâce à cette application populaire et simple d’usage.



Professeur dans le canton du Jura et président du Syndicat des enseignants romands, Samuel Rohrbach a quitté avec regret le chat de groupe dans lequel il échangeait avec sa classe de pédagogie de projet. «C’était utile. Il faut maintenant trouver une solution de remplacement.» Une réflexion est en cours dans de nombreux établissements scolaires. C’est le cas surtout outre-Sarine, où l’usage de WhatsApp en milieu scolaire semblait plus ancré.

Les alternatives? Elles existent, et le nouvel âge limite d’utilisation de WhatsApp représente pour elles une chance. L’entreprise schwytzoise Threema a vendu sa messagerie instantanée à plus de 100 écoles alémaniques au cours des trois dernières semaines, rapporte Martin Blatter, l’un des fondateurs. Des discussions sont également en cours avec des Cantons. Une trentaine d’écoles alémaniques testent par ailleurs le programme Klapp. Des pères de famille argoviens développent cet outil pensé principalement pour les communications entre enseignants et parents, mais aussi avec les élèves. Il ne propose cependant pas de chats.

Ces deux offres suisses ont en commun de ne pas fixer de limite d’âge et de mettre l’accent sur la sécurité des données. Threema est adapté aux moins de 16 ans car il ne collecte pas d’informations sur ses utilisateurs, explique Martin Blatter. L’application peut-être utilisée sans carte SIM ou numéro de téléphone. Tout cela a un prix: contrairement à WhatsApp, une école ou un professeur doit payer le service.

Une version française existe pour Threema et est en développement pour Klapp, mais les sociétés rapportent, pour l’heure, un intérêt très limité de ce côté de la Sarine. Cela tient sans doute aux réticences plus marquées dans les écoles romandes face à WhatsApp. À Genève, le Département de la formation prohibait déjà son usage avant le 25 mai. Il vient de rappeler cette interdiction à ses enseignants de l’école obligatoire.

Classes pilotes

Le Canton de Vaud déconseillait aussi le recours à WhatsApp, soucieux notamment de l’utilisation commerciale des données des élèves par une société appartenant au réseau social américain Facebook. Ce qui ne signifie pas qu’il ne s’intéresse pas à faire évoluer les méthodes de communication entre profs et élèves. «Nous devons regarder vers l’avant et penser à de nouveaux moyens numériques, c’est notre responsabilité. Mais l’outil devra être sécurisé», commente Serge Martin, directeur général adjoint à la Direction générale de l’enseignement obligatoire. Une analyse aura lieu dans des classes pilotes pour évaluer les besoins. Vaud décidera ensuite de développer une application à l’interne ou de lancer un appel d’offres. Plusieurs start-up ont déjà pris contact. Mais WhatsApp n’a pas dit son dernier mot. Ses conditions d’utilisation permettent aux enfants âgés de 13 ans au moins d’utiliser l’application avec l’accord de leurs parents. Pour un chat de groupe dans une classe, il resterait encore à convaincre un à un tous les parents d’élèves.

«Un certain flou»

Les cantons ont réagi différemment aux nouvelles règles. Zurich attend du corps professoral qu’il se conforme à la loi. Idem à Bâle-Campagne, qui ne veut pas d’exception en cas d’accord des parents. Ailleurs, certains laissent les écoles libres, tandis qu’une troisième catégorie attend des éclaircissements juridiques ou un avis de leur préposé pour savoir comment se positionner.

«Il y a un certain flou. Beaucoup de professeurs me demandent s’ils peuvent ou non utiliser l’application», regrette Beat Zemp, président de l’Association des enseignants suisses. Celle-ci est opposée depuis 2015 déjà à l’usage de WhatsApp entre élèves et professeurs. Beat Zemp plaide pour une recommandation claire de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique. «C’est urgent.» (24 heures)

«On ne peut pas arrêter d’un jour à l’autre»

Enseignant à Bienne, Alain Pichard échange avec ses élèves dans un chat de groupe WhatsApp depuis quatre ans. Dans sa classe de 9e, l’âge moyen est de 15 ans. Prof et élèves continuent pourtant de communiquer avec l’application. «On ne peut pas arrêter d’un jour à l’autre», explique le professeur, soulignant l’importance qu’a prise la messagerie instantanée dans son quotidien scolaire. Via WhatsApp, on annonce une absence, un retard, un changement de salle ou on avertit le groupe qu’on s’est perdu lors de la sortie à ski. «Je l’utilise aussi pour envoyer des questionnaires. Il y a vraiment une multitude de choses que WhatsApp facilite pour gérer une classe au jour le jour. Même si cette application n’est pas exempte de problèmes. Il faut notamment fixer des règles très strictes pour ne pas mélanger vie privée et scolaire», avance le professeur.

Dans son école, six classes sur neuf utilisent l’application. Si bien que lui trouver une solution de rechange avec l’aide des parents est une priorité. Un groupe de travail est chargé de réfléchir à l’après-WhatsApp, de façon à être prêt à temps pour la rentrée prochaine. L’outil de remplacement devra être «bon marché, voire gratuit, praticable et moins sujet aux critiques au niveau de la protection des données», souligne le Biennois. L’une des options ouvertes pourrait être de solliciter l’accord de tous les parents des jeunes de moins de 16 ans pour continuer à utiliser WhatsApp.

Préposés cantonaux inquiets

Les préposés cantonaux à la protection des données tirent la sonnette d’alarme: ils ne sont pas en mesure d’assurer leurs obligations légales de manière adéquate par manque de ressources. Ils réclament donc une «augmentation massive des fonds» qui leur sont alloués.

Actuellement, la protection des données dispose d’environ 50 postes au niveau cantonal et de 26 à l’échelon fédéral, a expliqué vendredi à Berne Beat Rudin, président de privatim, la Conférence des préposés suisses à la protection des données.

Selon lui, 200 postes supplémentaires, aussi bien dans les domaines juridique qu’informatique, sont nécessaires dans les cantons afin que les autorités de protection des données puissent effectuer correctement leur travail. Aujourd’hui, faute de moyens, nombre d’entre elles sont obligées de fixer des priorités et de laisser certaines tâches de côté, qui figurent pourtant parmi leurs obligations légales. ATS

https://www.24heures.ch/suisse/Les-ecoles-recherchent-un-remplacant-a-WhatsApp/story/11619064

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