Mieux Prévenir

Comprendre le rapport entre la santé et l'environnement pour mieux protéger nos enfants et les générations futures.

10 août 2018

Suisse : Doris Leuthard: «Notre économie a besoin des technologies rendues possibles par la 5G»

Doris Leuthard: «Notre économie a besoin des technologies rendues possibles par la 5G»
par Julie Zaugg, letemps.ch, 10 août 2018

La conseillère fédérale effectue une visite express de deux jours à Shenzhen et à Hongkong. Elle s’est penchée sur les dernières innovations dans l’Empire du Milieu

La conseillère fédérale Doris Leuthard est arrivée jeudi en Chine et y reste deux jours. Elle s’est rendue chez les titans de la tech Tencent et Huawei, a visité un quartier intelligent et découvert des innovations liées au développement de réseaux de téléphonie mobile basés sur la 5G. Elle en est ressortie encore plus convaincue de l’importance de déployer rapidement cette technologie sur sol helvétique. Nous l’avons rencontrée à Hongkong.

Le Temps: Vous avez rendu visite à plusieurs groupes technologiques chinois à Shenzhen. Quel était votre objectif?

Doris Leuthard: Cet automne, le Conseil fédéral va se prononcer sur la nouvelle stratégie numérique du pays. Nous devons savoir où nous nous situons en matière de technologies de l’information et de la communication. J’ai donc choisi de me rendre dans l’un des pays les plus avancés sur ce plan, là où ces solutions sont déjà mises en œuvre et commercialisées.

Avez-vous vu des solutions transposables à la Suisse?

L’entreprise automobile BYD nous a présenté ses bus électriques. Nous avons certes le système de recharge rapide TOSA d’ABB, mais il nous faudrait voir plus grand. Nous avons énormément de bus en Suisse, ainsi qu’en témoigne le réseau des cars postaux. Nous avons aussi mené des discussions approfondies avec le gouvernement hongkongais concernant la carte d’identité électronique qu’il va introduire en 2020 [elle permettra d’effectuer à la fois des démarches administratives et des transactions commerciales, ndlr]. Nous leur avons demandé quelles données y figureront, si ce sera gratuit, comment garantir la sécurité des données. Nous pouvons apprendre de leur expérience. Hongkong et la Suisse ont de nombreux points communs: ils ont à peu près le même nombre d’habitants, sont tous deux des centres financiers et leurs gouvernements bénéficient d’un fort degré de confiance auprès de la population.

Nous avons pour ambition d’être les pionniers de la 5G en Europe!

Vous avez visité le quartier intelligent de Longgang, à Shenzhen. Sa mise en œuvre a été entièrement confiée au groupe Huawei. Est-ce que ce serait imaginable en Suisse?

Lorsque l’on dispose d’une immense quantité de données à traiter, il faut des solutions de cloud computing [informatique en nuage, ndlr]. Cela implique parfois de collaborer avec des entreprises technologiques. Huawei a d’ailleurs déjà des coopérations en Suisse avec Swisscom, Sunrise et Schindler. Mais il faut faire la distinction entre les données sensibles, comme celles liées à une carte d’identité électronique, et qui doivent rester aux mains du gouvernement, et celles qui le sont un peu moins, comme les données commerciales liées aux achats en ligne. Les consommateurs doivent conserver la liberté de gérer ces données-là comme bon leur semble.

En Chine, avancée technologique rime souvent avec surveillance. A Longgang, il y a 41 000 caméras de surveillance dotées de la technologie de reconnaissance faciale et la police dispose d’une application pour vérifier le contenu des smartphones des citoyens. Qu’est-ce que cela vous inspire?

Culturellement, nous sommes très différents des Chinois sur ce plan. En Suisse, on aime la sphère privée. Et on n’apprécie pas trop les caméras de surveillance. Cela dit, il faut trouver un juste milieu. On a parfois besoin de ces outils, pour prévenir des actes de terrorisme ou pour vérifier les plaques des voitures dans le cadre d’un système de péage urbain. Mais cela requiert un processus d’approbation démocratique et l’introduction de garde-fous. La surveillance, telle qu’elle a lieu en Chine, ne serait pas acceptable en Suisse.

Vous avez aussi beaucoup parlé de 5G durant ce voyage. La Chine est-elle en avance sur ce plan?

La technologie est prête, mais son déploiement à large échelle est prévu pour 2020, comme chez nous. Et il y aura sans doute d’importantes disparités régionales. A l’inverse, en Suisse, les réseaux devraient être assez rapidement opérationnels partout. Nous avons pour ambition d’être les pionniers de la 5G en Europe!

Les réticences sont pourtant fortes. Le Conseil des Etats a récemment refusé d’assouplir une loi qui limite la valeur maximale des ondes électromagnétiques, ce qui met en danger le déploiement de la 5G.
La 5G suscite beaucoup d’émotions négatives en Suisse, mais je pense que si on informe la population, si on lui montre les applications socialement utiles rendues possibles par la 5G, elle pourrait changer d’avis.

Nous sommes en faveur d’une adaptation de [la] réglementation pour que les valeurs limites admises en Suisse soient les mêmes que dans l’Union européenne

Ce voyage vous a-t-il permis de découvrir des applications positives pour la 5G?

Oui. Une start-up basée à Hongkong nous a montré une technologie qui permet d’identifier une personne en scannant la paume de sa main. Cela pourrait être très utile dans les aéroports, mais cela ne sera pas possible sans 5G. De même, nous avons découvert à Shenzhen un robot qui peut mesurer les signes vitaux d’une personne âgée et appeler à l’aide si besoin est. Ici aussi, il faut la 5G.

Le Conseil fédéral a la possibilité de modifier l’ordonnance sur les rayonnements non ionisants, sans en référer au Conseil des Etats. Envisagez-vous de le faire?

Notre position est claire: nous sommes en faveur d’une adaptation de cette réglementation pour que les valeurs limites admises en Suisse soient les mêmes que dans l’Union européenne [elles sont actuellement dix fois plus strictes en Suisse, ndlr].

Même si cela implique de contourner le parlement?
Cela reste une option.

Craignez-vous que la Suisse ne prenne du retard en matière de déploiement de la 5G?

Notre économie a besoin des technologies rendues possibles par la 5G. La croissance du pays en dépend. Prenez le domaine de la santé. La Suisse abrite de nombreuses entreprises dans le domaine des sciences de la vie, de la pharmaceutique et de la chimie. Elles ont besoin de traiter des quantités toujours plus gigantesques de données, ce qui nécessite une connexion 5G. Si on veut qu’elles restent en Suisse, il faut leur fournir les infrastructures de communication dont elles ont besoin.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.