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11 oct. 2018

France : Electrosensibilité : pourquoi ce syndrome intrigue tant

Electrosensibilité : pourquoi ce syndrome intrigue tant
par Cyril Simon, leparisien.fr, 10 octobre 2018

Impossible de chiffrer le nombre d'électrosensible en
France.  LP
Fin septembre, un tribunal versaillais a reconnu le malaise d’un homme électro hypersensible comme accident du travail. Une première en France.

« Pendant des années, on nous a pris pour des fous. Pour des malades imaginaires ». Sophie Pelletier sent le vent tourner. Le 27 septembre, la présidente de PRIARTEM, une association d’aide aux électrosensibles, n’a pu qu’applaudir la décision du tribunal des affaires de sécurité sociale de Versailles.

Le malaise en 2013 d’un technicien d’une entreprise de télécommunications venait en effet d’être reconnu comme accident du travail. A l’époque, il avait été maintenu à son poste quand bien même la médecine du travail préconisait de freiner son exposition aux ondes électromagnétiques.



Cette avancée judiciaire vient s’ajouter à celle, trois ans plus tôt, de la première allocation adulte handicapé allouée à une plaignante hypersensible. Il reste toutefois de nombreuses étapes à franchir avant que l’électrosensibilité ne soit reconnue comme une maladie. Explications.

Une notion sans définition scientifique

Troubles du sommeil, maux de tête, irritations cutanées, fatigue… Si les mêmes symptômes reviennent aux oreilles des spécialistes, cela ne suffit pas à définir l’origine de ces maux. A l’heure actuelle, rien ne permet d’établir un lien de causalité avec l’exposition aux champs électromagnétiques que diffusent pêle-mêle les antennes-relais ou les smartphone. A l’inverse, rien non plus n’accrédite la piste psychosomatique et le fameux « C’est dans la tête ».

Aucune preuve donc mais aussi aucun diagnostic validé par la science. Sont en fait désignés comme électrosensibles ceux qui se déclarent l’être. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) le reconnaissait elle-même en 2005 au moment d’attester de l’existence de symptômes potentiellement graves, pouvant varier d’un individu à l’autre. Voilà en grande partie pourquoi ce syndrome suscite tant de fantasmes, craintes et interrogations. Faute de moyens, il n’existe pas d’estimation chiffrée du nombre de personnes potentiellement concernées.

« Ceci ne témoigne pas d’un désintérêt de la part des chercheurs, mais traduit peut-être le fait qu’il est extrêmement compliqué de déposer ou d’engager un projet de recherche sur une thématique qu’il est difficile de préciser », se justifiait en juillet le patron de l’Inserm, Yves Levy, lors d’un office parlementaire sur le sujet.

Ils fuient les ondes wifi pour ne plus souffrir
[Voir l'article original pour regarder cette vidéo.]

« La question est tout neuve »

Mais Sophie Pelletier le sait, tout cela va prendre du temps. « L’amiante, il s’est passé 90 ans entre la première alerte de l’inspection du travail en 1906 et son interdiction. Autant dire qu’à l’échelon de la médecine, la question de l’électro-hypersensibilité est toute neuve », relativise celle qui s’est auto-déclarée en 2011.

Comme d’autres associations - « Robin des toits » en particulier-, le collectif PRIARTEM réclame néanmoins du courage politique. Seule façon, selon elles, d’intensifier les investissements, de tester une à une les 18 hypothèses émises en mars 2018 par l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire), mais aussi de réguler les grands travaux de transformations numériques. En janvier, les opérateurs ont par exemple investi trois milliards d’euros contre les zones blanches, ces espaces que chérissent et occupent certains électrosensibles. « Le tout sans que l’Etat ne pose de contraintes… On met des dommages collatéraux sous le tapis », déplore-t-elle.

Un motif de satisfaction néanmoins dans ce rapport très attendu de l’Anses : la reconnaissance explicite de la souffrance réelle des électrosensibles, renforcée par l’errance médicale souvent observée. Il faut dire que les médecins ne semblent pas les mieux formés sur le sujet. Près d’un sur deux (41 %) éprouverait des difficultés à éclairer ses patients sur cette problématique, selon une étude conduite en 2012 par l’Institut national de prévention et d’éducation à la santé.

Le ministère de la Santé n’a pas encore annoncé de solutions concrètes. « Comme en 2016, persifle Sophie Pelletier. On avait eu aucune réponse sur les dangers pointés autour des ondes des smartphones et des jouets radiocommandés pour les enfants ». Le gouvernement a prévu de remettre au Parlement un rapport sur le sujet avant la fin de l’année 2018. En espérant qu’il ne s’agisse pas d’un nouveau faux contact.

http://www.leparisien.fr/societe/electrosensibilite-pourquoi-ce-syndrome-intrigue-tant-10-10-2018-7915626.php

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