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19 août 2017

Suisse : Une infirmière sur deux quitte le métier avant la retraite

Une infirmière sur deux quitte le métier avant la retraite
par Raphaël Leroy, Le Matin, 4 juin 2017

Santé _ Entre stress, horaires et salaire, les infirmières ont le blues. Le phénomène inquiète car la branche vit déjà une pénurie.

Les chiffres sont sans appel. Selon l’Observatoire suisse de la santé (Obsan), 45,9% des infirmières et infirmiers diplômés quittent leur profession en cours de carrière. Pire, la durée d’exercice dans les soins est actuellement de quinze ans. Les causes? Stress, burnout, horaires irréguliers, travail sur appel, interdisciplinarité accrue, salaire peu valorisant: le tableau dressé par les professionnels est sombre. Ce phénomène est d’autant plus inquiétant que la Suisse manque déjà de personnel soignant: 40% des infirmières sont recrutées à l’étranger. L’Association suisse des infirmiers et infirmières (ASI) lance donc une initiative populaire pour valoriser ce métier. Elle demande que la Confédération et les cantons assurent la formation d’un nombre suffisant d’infirmiers. Et le texte cartonne: en quatre mois, 70 000 signatures ont été récoltées.

Stressées et peu valorisées, les infirmières quittent leur emploi

Santé Près d’un soignant sur deux change de job avant l’âge de la retraite. Cela inquiète car la branche vit une pénurie. La pression et la difficulté de concilier vie familiale et professionnelle sont en cause.

Nadine* a failli tout quitter voilà quatre ans. Infirmière expérimentée à Genève, elle a vécu une situation désespérée, livrée à elle-même. La mort dans l’âme, elle se confie à ses supérieurs. «Je ne pense pas faire partie des infirmières les plus belliqueuses. J’ose croire que vous connaissez ma conscience professionnelle et mon réel investissement dans le service depuis toutes ces années. D’où la difficulté encore plus grande de vous avouer aujourd’hui mon angoisse de venir au travail, mon questionnement sur le fait de rester ou non dans ce service, ma prise de conscience que la qualité des soins ainsi que la sécurité du patient ne sont plus assurées en faveur de la nouvelle conjoncture. Je voulais juste vous demander jusqu’à quel point sommes-nous contraintes de tout accepter et de mettre en jeu notre responsabilité?»

Ce témoignage n’est pas isolé. En Suisse, il en existe des centaines de la sorte. Le métier d’infirmier n’est plus ce qu’il était il y a encore quinze ans. Stress, burnout, horaires irréguliers, travail sur appel, interdisciplinarité accrue, salaires peu valorisants: le tableau dressé par les professionnels est sombre. Il fait même fuir le déjà trop peu de personnes motivées à se lancer dans l’aventure.

Femmes en première ligne

L’Observatoire suisse de la santé (Obsan) a enquêté sur le phénomène. Ses conclusions sont sans appel: 45,9% des infirmiers diplômés quittent leur profession en cours de carrière. Un record pour un métier de santé. «La durée d’exercice dans les soins est actuellement de quinze ans», indiquait Helena Zaugg, présidente de l’Association suisse des infirmiers et infirmières (ASI), lors du lancement d’une initiative populaire pour contrer ce phénomène notamment.

Les statistiques montrent que ce sont les femmes – 80% des effectifs – qui changent le plus de métier. «Bien souvent, les infirmières diplômées décident de ne plus revenir travailler après un congé maternité, explique la vice-présidente de l’ASI, Sophie Ley. Il est en effet difficile de concilier vie de famille et vie professionnelle. Les horaires des garderies ne sont pas adaptés car peu compatibles avec les horaires irréguliers des infirmières.» Fait nouveau: le travail sur appel se multiplie. Ce qui n’arrange rien.

La part des personnes qui quittent leur profession augmente avec l’âge. «Plus les infirmières sont âgées, plus on essaie de s’en débarrasser, témoigne David Andenmatten, représentant du Syndicat des services publics au sein des HUG. Au moindre pépin de santé, on leur propose une retraite anticipée.»
Ce phénomène est inquiétant à un moment où la Suisse manque cruellement de personnel pour faire face aux défis à venir. Selon l’Obsan, ce sont pas moins de 244 000 personnes qui seront nécessaires à l’horizon 2030. Et ce chiffre risque d’être encore plus élevé si près d’un infirmier sur deux continue à jeter l’éponge. C’est pourquoi la fidélisation du personnel est considérée comme aussi importante par la Confédération et les cantons que l’embauche de personnel.

Mais il y a du travail. «C’est un métier très exigeant qui a subi des transformations récentes, rappelle Walter Zecca, responsable de la filière Soins infirmiers de la Haute École de santé de Genève. Le vieillissement de la population complexifie le travail. Les patients restent entre 20 et 30% moins longtemps hospitalisés. Il faut donc maintenir la qualité des soins avec moins de temps à disposition. À leur retour à la maison, les patients sont plus fragiles, ce qui implique des soins plus importants et une responsabilisation accrue des infirmiers. Tout cela peut être dur à gérer.»

Les professionnels le disent eux-mêmes. Dans une étude publiée en août 2016 par l’Obsan, ils identifient la charge de travail comme insatisfaisante. Mais elle n’est pas la seule. Le besoin de plus de temps pour la vie privée, les possibilités restreintes de développement au sein de l’institution et le manque de soutien de la hiérarchie sont autant de motifs d’abandon du métier. Le CHUV de Lausanne a sondé ses infirmiers en partance et ses conclusions rejoignent celles de l’étude. Charge de travail élevée, horaires de travail problématiques, manque d’information et de communication lié à une activité intense et grand volume de travail associé à un nombre très élevé d’intervenants professionnels sont les éléments le plus souvent cités, selon Patrick Genoud, directeur adjoint des soins.

La rémunération est aussi une source de mécontentement. Le salaire mensuel des infirmiers diplômés HES en Suisse – plus de 70% de l’ensemble du personnel – diffère entre les régions. Mais il oscille grosso modo entre 4500 et 7500 francs entre le début et la fin de carrière. Résultat: 41% des quelque 15 300 professionnels sondés par l’Obsan se disent insatisfaits de leur niveau salarial.

Conditions disparates

Mais alors que faire? L’Obsan donne trois pistes de réflexion. Parmi elles, la question d’une meilleure conciliation entre vie de famille et vie professionnelle revient régulièrement. «Certaines institutions ont mis en place des moyens pour améliorer les conditions de travail de leurs employés, relève Sophie Ley. Mais cela reste disparate à l’échelle du pays. Il faudrait garantir des conditions similaires ou comparables au niveau suisse.» Le développement de mesures incitatives et attractives de retour dans le domaine de la santé est aussi avancé. À ce titre, la formation continue peut en constituer un des piliers. Enfin, l’étude suggère de «prêter une attention toute particulière à la question du burnout, et ainsi de protéger la santé globale des infirmières».

Raphaël Leroy

L’initiative «Pour des soins infirmiers forts» cartonne quatre mois après son lancement

Plus de 70 000 signatures ont déjà été récoltées quatre mois seulement après le lancement de l’initiative populaire «Pour des soins infirmiers forts». Auteure du texte, l’Association suisse des infirmiers et infirmières (ASI) a jusqu’au 17 juillet 2018 pour amasser 100 000 paraphes. Autant dire que le compte y sera. «C’est un chiffre spectaculaire qui nous étonne en bien, se réjouit sa vice-présidente Sophie Ley. Il confirme l’attachement qu’a la population à la qualité et à la sécurité des soins prodigués. Nous entendons d’ailleurs cela sur les stands. Les gens veulent que leurs infirmiers soient bien formés.» L’initiative de l’ASI veut donc revaloriser ce métier en mal de séduction. Elle demande que la Confédération et les cantons assurent la formation d’un nombre suffisant d’infirmiers pour couvrir les besoins. Aujourd’hui, près de 40% du personnel de soins est recruté à l’étranger.

Avec le vote du 9 février 2014, personne ne sait si cela sera encore possible à l’avenir. Or, selon l’Observatoire suisse de la santé (Obsan), il faudra compter avec une hausse de 36% des besoins en personnel soignant d’ici à 2030. «Dans les trente prochaines années, écrivent les initiants, le nombre de personnes de plus de 65 ans en Suisse dépassera le million. Parallèlement, les cas de maladies chroniques et de multimorbidité augmenteront considérablement.» Le texte milite aussi pour une revalorisation salariale de la branche et de meilleures conditions-cadres, telles que conciliation entre vie de famille et vie professionnelle. Enfin, il propose des pistes d’économies par une nouvelle répartition des compétences entre infirmiers et médecin. Il rappelle qu’à l’heure actuelle tous les actes infirmiers nécessitent la signature d’un médecin, «ne serait-ce que pour mettre des bas de compression à une personne âgée ou la soutenir dans les soins corporels. Cela occasionne des coûts et des procédures administratives inutiles.» «Avec le succès de l’initiative, nous entendons bien devenir un partenaire de discussion pour les politiques», conclut Sophie Ley.

https://www.amge.ch/2017/06/06/une-infirmiere-sur-deux-quitte-le-metier-avant-la-retraite/

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