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2 mai 2018

L'air des avions est-il toxique ? Deux assignations déposées au tribunal de Toulouse contre Airbus

L'air des avions est-il toxique ? Deux assignations déposées au tribunal de Toulouse contre Airbus
par Bénédicte Dupont et Charlotte Jousserand, France Bleu Occitanie et France Bleu, 2 mai 2018

Tous les appareils ou presque sont concernés par le
syndrome aérotoxique. 
© Maxppp - Alexandre Marchi
Deux pilotes d'avions américains ont engagé une procédure judiciaire contre Airbus devant le tribunal de grande instance de Toulouse. Ils disent souffrir tous deux d'un syndrome aérotoxique, une sorte d'intoxication due à l'air de la cabine, et mettent en cause le constructeur aéronautique.

L'émission de reportage "Envoyé Spécial" lui a consacré un reportage le 26 avril dernier. C'est un phénomène non reconnu, mais dont tous les personnels navigants ont entendu parler : le syndrome aérotoxique, en anglais "fume event". Il s'agit d'émanations rares, qui peuvent se produire lorsqu'il y a des fuites d'huiles de moteur*. L'air des cabines peut alors se charger de particules toxiques qui peuvent sérieusement indisposer les passagers et le personnel navigant. C'est ce qui serait arrivé en juillet dernier à deux pilotes américains qui assignent au tribunal de grande instance de Toulouse le constructeur des appareils dans lesquels ils volaient lors de l'incident : Airbus. Mais ce phénomène n'est pas propre au constructeur européen.



Une intoxication non reconnue

Il n’y a pour le moment aucun filtre efficace pour empêcher ces émanations qui peuvent se produire lorsque une grande quantité d'huile se mélange avec l'air comprimé chaud fourni par les réacteurs, en cas de détérioration des joints. Les témoignages parlent d'odeur de "chien mouillé" ou de "chaussettes sales". Les deux pilotes américains sont représentés par un cabinet d'avocats bordelais, BCV Lex. Me Chloé Lecomte raconte les conséquences de ces émanations : "Cela se traduit par des étourdissements, une perte de force, un peu comme une ébriété. On attend une expertise technique et médicale pour que leurs préjudices soient constatés".

Il faut une reconnaissance en France de ce syndrome, qu'on arrête de les prendre pour des fous. Il faut à terme surtout un changement de pratique de l'industrie aéronautique, car tous les passagers tous concernés. — Me Lecomte

Un vol sur 2.000 concerné selon l'AVSA

De son côté, Airbus contacté par nos soins, se refuse à tout commentaire au vu de la procédure judiciaire engagée.

Il existe une association de victimes de ce syndrome, l'AVSA, basée dans les Alpes-Maritimes. Sur son site, elle explique que le terme a été introduit en 1999 et que "des statistiques officielles confirmées par un opérateur low-cost britannique suggèrent qu’un vol sur 2.000 souffre d’une contamination de haute intensité. Et ce n'est pas un problème propre à Airbus. Il y a eu d'autres cas signalés sur des appareils provenant d'autres constructeurs, Boeing notamment.

"Comme le scandale de l'amiante, mais dans l'aviation"

Au SNPNC, le syndicat national des personnels naviguant et commerciaux, le syndicats des hôtesses et des stewards, cela fait longtemps qu'on alerte sur ce syndrome. Stéphane Pasqualini est chargé du dossier pour le syndicat. Pour lui, constructeurs et compagnies font la sourde oreille.

C'est une question d'argent. Imaginez qu'il faille repenser l'avion, sachant qu'un avion vole 20 ans. Changer l'aménagement des circuits d'air coûterait trop cher aux compagnies. On alerte mais les constructeurs passent en force. — Stéphane Pasqualini (SNPNC)

Stéphane Pasqualini estime que _"_c'est un secret de polichinelle qui date des années 50 [...] Pour nous, lanceur d'alerte c'est un scandale sanitaire équivalent à l'amiante mais dans le secteur aérien". Il reçoit des témoignages de stewards ou d'hôtesses qui disent souffrir de symptômes liés à ces particules toxiques. Stéphane Pasqualini travaille depuis trois ans dans une commission chargée d'établir une norme pour contrôler l'air présent dans les cabines. Selon lui, des constructeurs travaillent sur des filtres à installer dans les avions mais pour le moment rien n'est prêt et tout cela à un coût. Stéphane Pasqualini considère qu'on serait dans la même situation que pour le scandale des émissions polluantes des moteurs diesels qui a notamment concerné Volkswagen, les constructeurs et les compagnies "tout le monde attend qu'il y en ait un qui tombe pour qu'ils soient forcés à s'équiper".

Actuellement, un seul avion utilise un autre procédé pour fournir l'air dans la cabine, que l'air qui provient des réacteurs, il s'agit du 787 Dreamliner de chez Boeing.

* Des chercheurs de l’Université de Stirling et d'Ulster (Royaume-Uni) ont montré dans des études parues dans Public Health Panorama, la revue de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), que, pour pouvoir respirer en vol, il faut que l’air circulant dans la cabine soit chauffé et comprimé. Cet air est fourni par les réacteurs de l’avion. Il passe dans les compresseurs des moteurs avant d’être diffusé en cabine. Le circuit qu’il emprunte l’empêche en principe d’être mélangé aux huiles qui lubrifient les moteurs. Mais en cas de détérioration des joints, il peut y avoir des fuites d’huile chauffée à très haute température et celle-ci peut libèrer des fumées toxiques, qui peuvent passer dans le système de pressurisation des cabines.

https://www.francebleu.fr/infos/transports/airbus-deux-assignations-deposees-au-tribunal-contre-le-syndrome-aerotoxique-1524842463

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