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3 avr. 2014

France : Baisse de la qualité du sperme, infertilité, perturbateurs endocriniens : les jeunes s'inquiètent

Image: Bradon, alias teddyppl23
Le collectif Générations Cobayes estime que c'est "un véritable scandale de santé publique qui menace d'éclater si industriels et politiques ne s'emparent pas du sujet pour faire évoluer les réglementations" et diffuse sur internet une petite vidéo destinée à cibler les gestes quotidiens qui, dose après dose, modifient nos hormones.

Baisse de la qualité du sperme, infertilité, perturbateurs endocriniens: les jeunes s’inquiètent
par Anne-Sophie Novel, alternatives.blog,
lemonde.fr, 4 mars 2014

C'est un fait: les français sont inégaux devant la baisse de la qualité du sperme.  Mais "à quoi bon se soucier des générations futures s'il n'y en a pas?" interroge le collectif Générations Cobayes qui, après la soirée eco-orgasme de décembre 2013, mène depuis 10 jours une enquête à laquelle ont déjà répondu plus de 35000 jeunes.

Un attrait certain pour la question

Le test est réalisé avec le même style et le même format que celui utilisé pour l'enquête Génération Quoi qui a connu un grand succès auprès des 18-30 ans durant l'automne 2013. Sur le ton de l'humour, un brin décalé, le questionnaire évalue les gestes du quotidien - hygiène, sexe, alimentation, beauté – et identifie ceux qui pourraient dérégler système hormonal et organes de reproduction.

Cible: les jeunes couples qui veulent des enfants, et les plus jeunes qui s'intéressent de près à ces questions. "C'est face au succès des conférences-théâtre "Let's talk about sex" que l'on a donné dans les facs que l'on a réalisé l'ampleur de l'inquiétude et le besoin d'information. De là est né le souhait de mener une campagne allant plus loin que la simple information" explique Damien Hensens, l'un des coordinateurs de l'Appel de la jeunesse, qui depuis 2008 sensibilise aux questions de santé et d'environnement.



En dix jours, plus de 35000 personnes ont répondu aux questions du test et 8000 ont souhaité recevoir une série de mails conseils-solutions conçus "pour donner des alternatives de consommation et continuer à se faire du bien sans se faire de mal". Sur cet ensemble (56% de 18-25 ans, 36% de 25-35 ans et 8% de 35-54 ans), 40% ont un profil "averti": 28% ne savent pas ce qu'est le BPA, 15% ne connaissent pas les parabènes et 47% ignorent ce que sont les phtalates.

Une génération à l'abandon ?

"Cette génération a parfois la sensation d'être à l'abandon, explique Damien Hensens, c'est pourquoi nous voulons donner un niveau de connaissance sur ces sujets, puis porter cela auprès des pouvoirs publics, puis auprès des entreprises, pour qu'elles mettent en branle leur R&D sur ces questions !"

Pour Ombeline Hoor, en charge du contenu de l'opération, trouver le bon renseignement n'est pas facile, "c'est une question de priorité: lire une étiquette, ça demande un effort mais quand on sait ce qui s'y cache, le jeu en vaut la chandelle pour préserver sa santé. Puis ce n'est pas comme si on était seul face à un produit, les infos sont dispos partout sur Internet et jusque dans la paume de la main, grâce aux applications, quand on fait ses courses". Pour elle, la consommation alternative ne coûte pas plus chère, ou en tout cas pas plus qu'un énième smartphone...

En attendant, le collectif estime que c'est "un véritable scandale de santé publique qui menace d'éclater si industriels et politiques ne s'emparent pas du sujet pour faire évoluer les réglementations" et diffuse sur internet une petite vidéo destinée à cibler les gestes quotidiens qui, dose après dose, modifient nos hormones.

Quand on sait que la qualité du sperme a diminue dans le monde entier, que l’âge de puberté chez la jeune fille qui est passé de 18 ans au 19e siècle à 12 ans de nos jours et que 40% de nos produits de beauté contiennent au moins un perturbateur endocrinien, on ne peut s'empêcher de penser aux prédictions de Rachel Carson qui annonçait déjà ce à quoi nous assistons aujourd'hui dans son livre Le printemps silencieux paru en 1962.

Bref, pas de quoi s'envoyer en l'air n'est-ce pas...

Anne-Sophie Novel / @SoAnn sur twitter

A noter

En 50 ans, la qualité du sperme a diminué de 50% à l’échelle mondiale et le volume séminal de 25% [1]

En France, pour un homme de 35 ans : diminution du nombre de spermatozoïdes entre 1989 et 2005 et augmentation du nombre de spermatozoïdes malformés[2]

Taux de couples n’ayant pu concevoir après 12 mois sans contraception passé de 14% en 1991 à 24% en 2012 [3]

Augmentation des malformations génitales :
- hypospadias : malformation de l’urètre qui ne débouche pas à l’extrémité du pénis mais dans sa partie inférieure, qui affecte de 0,2% et 4% des jeunes garçons français. Le taux d’intervention chirurgicales est de 1,1 pour 1000 par an avec une augmentation de annuelle de 1,2%.
- crytorchidie : non-descente des testicules dans le scrotum, (+1,8% d’augmentation par an des interventions chirurgicales)[4]
- cancer des testicules : en 2008, l’incidence (taux standardisé mondial pour 100 000 personnes) était de 6,7, en augmentation de 2,5% par an depuis 1998 [5]

Diminution de l'âge de la puberté chez les filles en France : 18 ans au 19ème siècle contre 12 ans aujourd’hui. [6]

40% des produits hygiène/beauté contiennent au moins un perturbateur endocrinien (Étude menée par l’Institut Notéo sur une base de 15 000 produits, septembre 2013)

[1] E. Carlsen et al., « Evidence for decreasing quality of semen during past 50 years », British Medical Journal, vol 305/6854, septembre 1992, p 609-613
[2] J. Le Moal et al., “Evolution de la concentration spermatique en France entre 1989 et 2005 à partir des données de la base Fivnat”, Bulletin épidémiologique hebdomadaire, 21 février 2012
[3] R. Slama, “La fertilité des couples en France”, Bulletin épidémiologique hebdomadaire, n°7-8-9, février 2012
[4] F. Suzan, “Cryptorchidies et hypospadias opérés en France chez le garçon de moins de 7 ans (1998-2008)”, Bulletin épidémiologique hebdomadaire, n°7-8-9, février 2012
[5] Y. Kudjawu,”Evolution nationale et variations régionales du taux de patients opérés pour cancer des testicules en France, 1998-2008”, Bulletin épidémiologique hebdomadaire, n°7-8-9, février 2012
[6] J. Tinggaard et al., “The physiology and timing of male puberty”, Current Opinion on Endocrinology, Diabetes and Obesity, vol. 19/3, juin 2012

http://alternatives.blog.lemonde.fr/2014/03/04/baisse-de-la-qualite-du-sperme-infertilite-perturbateurs-endocriniens-les-jeunes-s-inquietent/

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