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11 août 2015

Ondes électromagnétiques : " Les Français plus exposés " : Entretien avec Michèle Rivasi

Ondes électromagnétiques : " Les Français plus exposés "
par Martin Lacroix, passeportsante.net, 2014

En mai 2011, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) avait classé les ondes électromagnétiques des téléphones portables comme étant "possiblement cancérogènes pour l'homme". Une étude bordelaise parue dans Occupational & Environmental Medicine, relance le débat : selon leurs conclusions, les personnes utilisant leur portable plus de 15h par mois pendant une durée médiane de 5 ans auraient un risque multiplié par deux ou trois de développer un gliome, tumeur cérébrale. Entretien avec Michèle Rivasi, vice-Présidente du Criirem (Centre de Recherche et d'Information Indépendant sur les Rayonnements ÉlectroMagnétiques non ionisants) et députée européenne Europe Ecologie sortante spécialisée dans les questions de santé.

PasseportSanté : Michèle Rivasi, vous militez pour l'application du principe de précaution aux ondes électromagnétiques...

Michèle Rivasi : Je milite en effet depuis des années pour alerter des dangers potentiels des ondes électromagnétiques. En tant que Vice-Présidente du Criirem (Centre de Recherche et d'Information Indépendant sur les Rayonnements ÉlectroMagnétiques non ionisants), j'estime très important que l'on puisse donner des informations scientifiques réellement indépendantes au public, ce qui est très difficile puisque la quasi-totalité des études européennes et internationales sont financées par les opérateurs de téléphonie mobile, une industrie qui pèse des milliards et exerce un très fort lobby, notamment auprès de l’OMS. Il est troublant de constater que ce sont toujours les mêmes scientifiques, ceux qui sont payés par l'industrie et qui sortent des études qui ne concluent rien, qui sont invités par les hautes instances à faire des conférences à Bruxelles par exemple. En revanche, tous les scientifiques qui ont trouvé quelques chose de nocif pour la santé, même les plus réputés, ont été interdits de parole. C'est inadmissible.

PST : Mais comment expliquer que les organismes de santé soient à ce point divisés sur la question ?

En ce qui concerne les effets des ondes du téléphone mobile sur le cerveau, les organismes de santé ne sont pas divisés, car il n'y a plus beaucoup de doutes scientifiques sur ce point précis. Les études indépendantes1 mettent en évidence le lien entre l’utilisation intensive du téléphone portable et les tumeurs au cerveau, dommages à l’ADN et aux gènes, effets sur la mémoire, l’apprentissage, le comportement, l’attention, perturbations du sommeil, cancer et maladies neurologiques telles que la maladie d’Alzheimer. Si nous souhaitons éviter tout alarmisme néfaste, il faut agir dès maintenant pour prévenir les risques, d'où l'application du principe de prévention, au delà du principe de précaution, puisque les risques sont connus et avérés et non plus simplement suspectés.

PST : Les valeurs limites d’exposition fixés actuellement, et non modifiés depuis 1998, visent à prévenir les effets des ondes à court terme (échauffement des tissus). En effet, les rapports d’expertises ne considèrent pas que les effets à long terme soient avérés...

MR : Oui, la plupart des législations actuellement en vigueur au sein de l’Union sont basées sur les recommandations de l’ICNIRP (Commission internationale de protection contre les rayonnements non-ionisants), qui ne tiennent pas compte de l’existence des effets chroniques et non thermiques ni des effets à long terme des champs électromagnétiques comme le risque de développer un cancer. Et c'est bien là le problème, nous manquons d'études indépendantes sur les effets à long terme !

En 2011, l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe, composée de délégations de parlementaires nationaux, a approuvé le rapport Huss, dont les conclusions appellent à une baisse des valeurs limites actuellement en vigueur en Europe. En France, le seul décret applicable sur les seuils d'exposition aux ondes date de 2002 et fixe des valeurs limites comprises entre 41 volts par mètre (V/m) et 61 V/m. Les associations réclament un seuil de 0,6 V/m. A l'étranger, la Grèce, la Belgique, l'Autriche ont limité l'exposition à 3 V/m. La ville de Salzbourg, en Autriche, est descendue à 0,6 V/m. Donc oui, les Français sont plus exposés que dans d'autres pays !

PST : Au-delà de la modification de ces normes, quelles mesures proposez-vous pour protéger les Français de ce phénomène ?

MR : La proposition de loi des écologistes portée par ma collègue à l'Assemblée Nationale, Laurence Abeille, vise entre autres à interdire le wifi dans les crèches et les écoles maternelles, mais ceci est déjà fait de façon très logique dans de nombreux établissements. Au vu du développement de leur cerveau qui n'est pas encore achevé, il faut en priorité protéger les enfants, nous pensons qu'il faut interdire les téléphones portables aux enfants de moins de 12 ans.

Le texte vise également et à informer les consommateurs du niveau d’émission pour un grand nombre de produits, comme les écoute-bébé, les fours à micro-ondes, les tablettes… Il donne aussi la possibilité à tous de désactiver le wifi sur les appareils fonctionnant sans fil : il est en effet normal que le consommateur puisse choisir de baisser son niveau d’exposition aux ondes, et de maîtriser son environnement. Le groupe écologiste du sénat devrait l'inscrire dans sa niche de juin prochain.

PST : Que peuvent faire les Français en attendant que la loi les protège? Comment réduire les risques tout en continuant d’utiliser une technologie devenue incontournable ?

MR : Il y a des mesures simples et de bon sens que tout le monde peut appliquer, comme l'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire) l'a préconisé dans son dernier rapport sur les radiofréquences. Ne pas dormir avec son téléphone près de sa tête, éloigner la source de son corps, utiliser un kit mains libres, éviter de téléphoner lorsque l'on se trouve dans un endroit "qui capte mal" (car le portable peut doubler son émission d'ondes pendant ces périodes), éviter de téléphoner en voiture ou en train, à cause de l'effet "cage de Faraday" (les ondes émises par le téléphone, emprisonnées dans l'habitacle, se répercutent sur l'utilisateur).

Par ailleurs, le choix du téléphone est important : le niveau du débit d'absorption spécifique (DAS) que provoque l'appareil peut varier en fonction des modèles. Depuis 2002, ce niveau ne doit pas dépasser 2 W/kg, et les disparités entre téléphones sont parfois importantes Chez soi, mieux vaut utiliser une connexion filaire plutôt que le wifi, installer les bornes wifi et les box internet en hauteur, car avec moins d'obstacles, moins de puissance est requise, donc moins d'ondes sont émises.

PST : Qu’en est-il des personnes souffrant de sensibilité électromagnétique ? Que faire, alors que cette affection est encore très mal comprise ?

MR : Il faut que le ministère de la Santé reconnaisse officiellement le statut de ces personnes. Or, chaque jour, de nouvelles personnes sont reconnues électrohypersensibles par les maisons départementales des personnes handicapées et ne peuvent plus continuer à vivre normalement (sensations de brûlures à la tête, vertiges, incapacité à la concentration, sommeil perturbé, etc.). N’attendons pas que le nombre de malades augmente pour agir et offrir aux citoyens un environnement plus sain !

Je suis d’ailleurs en train de travailler à la mise en place d'une zone blanche dénuée de toute pollution électromagnétique, dans les Hautes-Alpes, à Saint-Julien en Beauchêne. Ce site permettra d’accueillir une trentaine de personnes pour une durée limitée afin qu’elles puissent se ressourcer. Elles pourraient ainsi être suivies par une équipe médicale appropriée, en lien avec l’Anses, ce qui permettra de mieux comprendre ce qu’est l’électrohypersensibilité et le cas échéant de trouver des moyens pour diminuer leurs souffrances.

http://www.passeportsante.net/fr/Actualites/Nouvelles/Fiche.aspx?doc=actu-pst-2014-19-05-ondes-telephones-portables

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