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6 oct. 2015

Journal d’une électrosensible : le choc de la découverte

Journal d’une électrosensible : le choc de la découverte
par Hélène Vadeboncoeur, Maison du 21e siècle, 
6 octobre 2015

Le nouveau blogue d’Hélène Vadeboncoeur, Ph.D., chercheuse dans le domaine de la santé et électrohypersensible

Je m’étonne toujours quand j’entends des sceptiques dire : « Oui, mais c’est parce que ceux qui se disent électrohypersensibles[1] savent que leur compteur[2] vient d’être changé et donc ils s’imaginent ensuite qu’ils ont des symptômes. » Eh bien, contrairement à ce qu’insinue ce jugement facile, ce n’est pas le cas.

Les électrohypersensibles sont des personnes dont l’organisme subit des effets biologiques à plus ou moins brève échéance après une faible ou forte exposition aux radiofréquences (RF) de type micro-ondes émises par les équipements de technologie sans fil. Et ils ne s’en aperçoivent pas toujours, ou pas avant un certain temps. Trois à dix pour cent de la population serait déjà atteinte de cette intolérance aux ondes, selon le chercheur et oncologue français Dominique Belpomme, et ce pourcentage pourrait augmenter, avec la multiplication des sources de radiofréquences tant en ville qu’en région rurale.

Trois ans de recherches
Pour ma part, cela m’a pris près de trois ans pour faire le lien, après l’apparition de malaises pour la plupart jamais éprouvés auparavant et dont je ne comprenais pas l’origine. Je ne connaissais rien des champs électromagnétiques (CEM) jusqu’au printemps 2014, alors que des projets de tours de téléphonie sans fil s’annoncèrent pour la région semi-rurale où j’habite. Par curiosité, je suis allée à une soirée d’information sur le sujet. Ayant trouvé cela intéressant, j’ai proposé un article fouillé à l’éditeur d’une publication locale[3].

Ce printemps-là, j’éprouvais divers malaises dont je ne comprenais pas la provenance : sensations d’étourdissement parfois accompagnées de confusion mentale, faibles sensations d’engourdissement, en particulier d’un côté du corps; palpitations cardiaques qui duraient longtemps, maux de tête, insomnie, larmoiement des yeux, irritabilité. Il a fallu que je me retrouve à l’urgence de l’hôpital – le côté droit de mon visage étant devenu très engourdi pendant deux heures – pour que je décide de prendre le taureau par les cornes : je voulais comprendre ce qui m’arrivait! Tous les tests faits ce jour-là à l’urgence pour voir si j’aurais fait un caillot au cerveau – l’hypothèse évoquée par les médecins – s’avérèrent négatifs.

L’essentiel carnet de bord
J’ai donc commencé à tenir un carnet de bord des malaises éprouvés et de mes activités quotidiennes : où elles avaient lieu, les sources d’émissions et la durée de mon exposition. Puis j’ai fait venir un électricien spécialisé en mesure et correction des CEM pour vérifier les niveaux d’électrosmog[4] dans notre maison. Les mesures prises le confirmèrent, et m’apprirent que nous avions… un compteur électrique émettant des radiofréquences, depuis le printemps 2012, année où nous avions agrandi la maison! Et nous avons découvert que l’antenne de notre connexion Internet sans fil émettait des niveaux élevés de radiofréquences, tout comme notre téléphone sans fil.

Très sceptique au départ, mon conjoint accepta — en voyant les niveaux de RF sur l’appareil de mesure de l’électricien — qu’on atténue les CEM auxquels nous étions exposés. Nous avons demandé à Hydro-Québec de remplacer son compteur numérique par un compteur sans émissions de RF, dit « non communicant ». Puis nous sommes partis en vacances dans sa famille, à Vancouver, où les domiciles de six de ses frères et sœurs comportaient des appareils sans fil en nombre et puissance supérieurs aux nôtres. Pendant notre séjour là-bas, j’éprouvai tellement de malaises que j’eus peur de ne pas m’en sortir vivante! En plus, j’ai eu plusieurs épisodes de sensations d’oppression respiratoire, comme lorsqu’on est en altitude. Et des engourdissements d’un côté du corps, comme avant mon départ. Rien de rassurant. Mais je tins bon.

De retour chez nous, après trois jours, mes symptômes avaient entièrement disparu : je me sentais tellement mieux! Pendant notre absence, le CEM de notre domicile avait en effet été corrigé par l’électricien. Il avait en particulier corrigé la mise à la terre, rectifié des branchements de câblage erronés contribuant à accroître le champ électrique dans certains murs, installé des biorupteurs pour couper l’électricité au besoin dans des secteurs tels notre chambre, la nuit. De plus, le compteur électrique avait été changé, et nos deux chattes étaient, à notre étonnement, devenues beaucoup plus calmes[5].

Origines de mon électrohypersensibilité
Je commençai alors à lire sur les symptômes d’électrohypersensibilité (EHS). Je n’avais pas voulu le faire avant, car, comme scientifique (j’ai une maîtrise en santé publique et un doctorat en sciences humaines appliquées, sur l’humanisation de la naissance), je ne voulais pas influencer la prise de données dans mon carnet de bord! Je m’aperçus alors que les divers malaises éprouvés depuis le printemps 2012 — moment où notre compteur mécanique fut remplacé par un compteur numérique émetteur — étaient probablement aussi des symptômes d’EHS. D’autant plus que plusieurs malaises s’étaient manifestés pour la première fois alors que, pendant nos rénovations, nous séjournions chez des amis qui avaient l’Internet Wi-Fi – ce que nous n’avions pas chez nous – , des téléphones sans fil… et un compteur émetteur situé à côté de la porte d’entrée de la cuisine, comme j’ai pu le vérifier après coup.

J’en ai déduit que j’étais probablement devenue électrohypersensible, à mon insu, depuis 2009. C’était l’année où l’antenne réceptrice-émettrice de notre fournisseur d’Internet avait été posée sur un mur extérieur de notre salon. Entre 2009 et 2012, les symptômes que j’ai peut-être eus ne furent ni assez nombreux, ni assez frappants pour que je les remarque. En 2012, une tour de téléphonie cellulaire fut érigée à deux kilomètres de chez moi, ce qui intensifia le CEM ambiant.

La découverte à l’été 2014 de cette nouvelle donne dans ma vie, l’électrohypersensibilité, alors que je n’avais jamais été allergique à quoi que ce soit auparavant, me causa tout un choc. Je continuai à tenir un journal jusqu’à l’été 2015, qui vient de s’achever, journal enrichi par la prise de mesures fournies par le lecteur de radiofréquences que je m’étais procuré en cours d’année[6]. Mes notes confirmèrent la survenue des mêmes malaises à la suite d’une exposition – autre que passagère – à des sources significatives d’émissions de radiofréquences. Je continuai donc à tenter de passer le moins de temps possible à proximité de sources d’émissions, telles l’Internet Wi-Fi, les cellulaires, les téléphones sans fil, les compteurs intelligents, les fours micro-ondes…

Finalement, au printemps dernier, un médecin confirma que je souffre d’électrohypersensibilité.[7] C’est donc de ce syndrome qu’il sera principalement question dans ce blogue, au cours des mois qui viennent, à partir de mon expérience personnelle et de ce que j’apprends depuis un an, de lectures d’études scientifiques, de conférences auxquelles j’ai assistées. Il sera aussi question, ici et là, des autres effets biologiques possibles de la technologie sans fil. Par exemple du lien établi entre l’utilisation d’un téléphone cellulaire et une forme de cancer du cerveau, et qui a conduit le Centre international de recherche sur le cancer, rattaché à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), à classer en 2011 les radiofréquences comme « peut-être cancérogènes ».

J’ai déjà hâte d’écrire mon second blogue sur ce sujet que je trouve passionnant, même si être électrohypersensible n’est pas toujours facile et que cela me force à transformer ma vie! En espérant que ce sera le point de départ d’échanges sur le sujet avec vous qui me lisez. (Vous pouvez d’ailleurs m’écrire vos questions et commentaires dans la boîte de commentaires située au bas de cette page.) Au plaisir de partager avec vous nos découvertes mutuelles.

[1] Remarquez l’expression « se dire », utilisée même par les autorités en santé.

[2] Variantes : « que l’Internet Wi-Fi a été installé », etc.

[3] Vadeboncoeur, H. (2014) « Champs électromagnétiques et santé publique », Journal Le Saint-Armand, 11(5) :6-9, avril-mai 2014

[4] Selon l’Office fédéral de l’environnement de la Confédération suisse, « le terme générique « électrosmog » est souvent employé pour désigner tous les champs électriques et magnétiques générés par la technologie. Le mot « smog » désigne une pollution indésirable de l’atmosphère. À la différence de ces polluants, le rayonnement électromagnétique est généré délibérément, du moins en partie, puisque, dans le cas de la téléphonie mobile et de la radiodiffusion, il sert de support à la transmission d’informations. »

[5] L’électricien avait remarqué que, outre le champ magnétique élevé, le champ électrique était très élevé au niveau du plancher.

[6] Il s’agit de l’Acoustimeter de EMFields, modèle AM-10 qui mesure les radiofréquences se situant entre 200 MHz et 8 GHz.

[7] Au Québec, contrairement à d’autres provinces canadiennes (Ontario, Nouvelle-Écosse), l’électrohypersensibilité n’est pas reconnue par le gouvernement provincial. Par contre, en juin 2015, le comité permanent de la Santé de la Chambre des communes a recommandé « que le gouvernement du Canada continue de prendre des accommodements raisonnables en cas de manifestations d’intolérance au milieu, comme l’hypersensibilité électromagnétique, conformément à ce qu’exige la Loi canadienne sur les droits de la personne ». Quelques médecins québécois, au fait des études scientifiques sur les effets biologiques des RF/micro-ondes, acceptent des demandes de consultation à ce sujet et ont émis ce diagnostic, bien qu’il ne s’agisse pas d’une maladie reconnue par l’OMS. En 2005, cet organisme affirmait que les symptômes attribués à l’hypersensibilité électromagnétique sont réels et peuvent être parfois très handicapants, mais il n’a pas été prouvé hors de tout doute qu’ils sont déclenchés par l’exposition aux CEM. Sauf que depuis les années 60, on sait qu’une exposition à des équipements de technologie sans fil – les radars depuis la Seconde Guerre mondiale – entraînait ce qu’on appelait alors « la maladie des ondes ». Et, depuis, des chercheurs tels, au Canada, Magda Havas, de l’Université Trent en Ontario, ou Paul Héroux (faculté de médecine de l’Université McGill) ou, en France, l’oncologue Dominique Belpomme, ont confirmé que les CEM dont les ondes émises par la technologie sans fil peuvent avoir des effets biologiques nuisibles[1]. D’ailleurs, en septembre dernier, un groupe d’experts indépendants réunis par le Dr Belpomme demandait à l’OMS de reconnaître les hypersensibilités chimique et électromagnétique comme des maladies à part entière.

[1] Magda Havas PhD: http://ejoncology.it/site/wp-content/uploads/2014/10/18-havas.pdf

Paul Héroux PhD : http://arxiv.org/abs/1209.5754v1

Dr Dominique Belpomme : Ce chercheur oncologue poursuit une étude sur les biomarqueurs (ex : résultats de tests sanguins, de scans du cerveau) associés à l’électrohypersensibilité. Lire ici sa présentation faite en mai dernier, à Bruxelles, dans le cadre du 5e Colloque de l’Appel de Paris qu’il a présidé.

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À propos de l'auteur (Profil de l'auteur)
Chercheure indépendante en périnatalité, Hélène est pionnière dans plusieurs domaines. Elle fit connaître l'accouchement vaginal après césarienne (AVAC) en écrivant le seul ouvrage en langue française sur le sujet (FIDES, 3e éd., 2012), publié aussi en anglais (Fresh Heart, 2011) et en brésilien (mBooks, 2015). Elle fut parmi les premières consultantes engagées par le ministère de la Santé et des services sociaux du Québec pour la légalisation de la pratique de sage-femme au Québec. Ces dernières années, elle a contribué à la reconnaissance internationale des mauvais traitements dont sont victimes trop de femmes enceintes qui accouchent, participant à la création et traduction de la charte Le respect dans les soins de maternité : les droits universels des femmes pendant la période périnatale (White Ribbon Alliance for Safe Motherhood). Elle oeuvre actuellement à l’implantation d’une initiative prometteuse, l’Initiative internationale pour la naissance MèrEnfant (IMBCI). Depuis 2014, elle s’intéresse à la question de l’impact des micro-ondes sur la santé.

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