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14 sept. 2015

Electrosensibilité : "Un handicap qui ne peut pas être nié"

Illustration d'une personne disant souffrir d'une hyper-
sensibilité aux champs magnétiques.  
©BONY/SIPA
Electrosensibilité : "Un handicap qui ne peut pas être nié"
par Hugo Jalinière, Sciences et Avenir,
27 août 2015

Sciences et Avenir a interrogé le Dr Pierre Biboulet, l'expert médical désigné par le tribunal de Toulouse qui a accordé pour la première fois en France une allocation adulte handicapé pour cause d'hyper électrosensibilité.

Un jugement rendu par le tribunal du contentieux de l'incapacité de Toulouse (TCI) a accordé pour la première fois en France une allocation adulte handicapé à une femme, dénommée Marine Richard, attribuant son handicap à une hyper-électrosensibilité. Elle dit en effet souffrir de maux de tête très forts et d'une arythmie cardiaque après exposition de quelques heures aux ondes électromagnétiques. La décision du TCI pourrait ainsi faire date, puisque, scientifiquement, il n'existe toujours aucun consensus sur la réalité d'une condition médicale induite par les champs magnétiques. Pour connaître les motivations qui ont conduit à cette décision, Sciences et Avenir a interrogé l'expert médical désigné par le TCI de Toulouse, le Dr Pierre Biboulet.



Sciences et Avenir : Comment avez-vous procédé pour rendre votre expertise ?

Dr Pierre Biboulet : Je me suis comporté comme un médecin. J'ai adopté une démarche humaine pour ne pas dire humaniste. Je suis allé à la rencontre de Marine Richard, dans ses montagnes ariégeoises, en zone blanche, et je l'ai longuement écouté. Nous sommes restés plus de 3 heures ensemble et elle m'a convaincu qu'elle était malade. Il est impossible de nier sa pathologie. Et il est tout aussi évident qu'elle ne peut pas vivre en milieu social actuel. En tant qu'expert, j'ai cherché à être objectif, réaliste et humaniste.

Mais où situer vos conclusions dans le débat scientifique d'aujourd'hui ?

J'ai bien conscience qu'il n'y a pas de consensus scientifique sur la question. Ma position, ça a été de ne pas trancher, ni dans un sens ni dans l'autre. Car à l'heure actuelle, il n'y a pas de données acquises, avérées. Mais le handicap dont souffre Marine Richard ne peut pas être nié. Et quand bien même il serait psychiatrique - ce que je ne crois pas - il s'agit toujours d'un handicap qui, de fait, mérite d'être pris en charge. À titre personnel, je crois qu'il est de plus en plus difficile aujourd'hui de dire que l'hyper-électrosensibilité n'existe pas. C'est pourquoi j'ai mentionné ce "syndrome d'hypersensibilité aux ondes électromagnétiques" - qui existe dans d'autres pays. Parce que quelle que soit la réalité clinique qu'il recouvre, c'est l'origine du handicap de Mme Richard. Même si les données du système de santé français ne le reconnaissent pas officiellement.

Le diagnostic établi par le Dr Pierre Biboulet pour le TCI de Toulouse.

Le diagnostic : syndrome d'hypersensibilité aux ondes électromagnétiques. S'il ne fait pas partie de données acquises, avérées, de notre système de santé français il est reconnu par d'autres pays. La description des signes cliniques est irréfutable. La symptomatologie disparait dès que les causes sont éliminées ; mais cette élimination impose un mode de vie et des sacrifices qui ne permettent pas la moindre suspicion de simulation. En milieu protégé (sans ondes), l'handicap est nul, en milieu hostile, il peut atteindre 100 %.

Source : Retranscription du compte rendu du jugement du TCI de Toulouse (voir pdf ci-dessous).

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