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7 juil. 2018

Phonegate : des médecins demandent le retrait de millions de cellulaires

Phonegate : des médecins demandent le retrait de millions de cellulaires
par André Fauteux, éditeur et rédacteur en chef, maisonsaine.ca, 6 juillet 2018

Après le Dieselgate associé aux moteurs diésel qui trompaient les tests de pollution, voici le Phonegate, terme inventé par un journaliste français pour désigner le scandale des tests qui faussent les quantités de radiations de micro-ondes reçues par les utilisateurs de cellulaires. Selon des mesures effectuées entre 2012 et 2016 par l’Agence nationale française de fréquences (ANFR), ces tests ont permis aux fabricants de vendre des appareils dépassant les limites légales de valeurs de DAS (débit d’absorption spécifique). Ces limites ont pour but d’éviter que les millions d’utilisateurs de cellulaires — et de tablettes — ne reçoivent des doses thermiques de micro-ondes qui échaufferaient leurs tissus à court terme. Elles font fi des effets non thermiques chroniques (neurologiques, cardiaques, immunitaires, reproducteurs, oculaires, etc.) causés par des doses des milliers de fois inférieures. Ces effets, dont les symptômes d’électrohypersensibilité, ont été documentés dans des milliers d’études scientifiques, dont plusieurs par des chercheurs militaires depuis les années 1960. L’étude de l’ANFR (lire tous les résultats ici) a déjà incité quelques fabricants à retirer ou modifier leurs appareils.

La France avoue et agira

Le 30 octobre 2017, le gouvernement français demandait à son Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) de développer, d’ici la fin 2018, « un indicateur représentatif de l’exposition réelle des utilisateurs de téléphonie mobile ». Indicateur que l’ANSES recommandait d’ailleurs déjà, en juillet 2016, en réponse à l’étude de l’ANFR.

« C’est ni plus ni moins la première reconnaissance officielle d’une totale faillite de la réglementation qui a permis aux industriels du secteur de mettre sur le marché des centaines de millions de téléphones portables à risques pour notre santé et particulièrement celle de nos enfants », déplore le médecin français Marc Arazi, président de l’association Alerte Phonegate, fondée en mars 2018. Il réagissait ainsi après avoir pris connaissance du mandat confié à l’ANSES dans une lettre de mission signée conjointement par la Direction générale de la santé (DGS) et la Direction de la prévention des risques (DPR). Le Dr Arazi en a obtenu copie le 26 juin, après avoir rencontré Olivier Merckel, chef de l’unité d’évaluation des risques aux agents physiques à l’ANSES.

« Depuis six mois nous réclamions en vain ce document essentiel aux ministres Nicolas Hulot [Environnement] et Agnès Buzyn [Santé], précise le Dr Arazi. C’est une nouvelle victoire dans notre action pour faire toute la lumière sur ce scandale sanitaire et industriel du Phonegate. À sa lecture, nous comprenons aisément pourquoi ces derniers n’étaient pas pressés de le rendre public. » La DGS et la DPR ont aussi demandé à l’ANSES « d’indiquer si ces dépassements de valeurs de DAS tels que relevés par l’ANFR sont susceptibles de provoquer des effets sanitaires » et d’étudier particulièrement les conséquences pour les enfants : il apparaît que « les enfants peuvent être plus exposés que les adultes », reconnaît la lettre de mission. Ces travaux devaient être rendus le 31 décembre 2017. Ce qui mène Marc Arazi à demander: « Pourquoi ces demandes et les résultats n’ont fait l’objet d’aucune communication officielle? Quand seront-ils enfin rendus publics? » Les ministres Hulot et Buzyn ainsi que M. Merckel n’ont pas répondu à notre demande de commentaire. En 2015, la France adoptait la loi relative à la sobriété, à la transparence, à l’information et à la concertation en matière d’exposition aux ondes électromagnétiques. Elle a mené notamment à l’interdiction du Wi-Fi dans les crèches et maternelles et en restreint l’usage aux seuls besoins pédagogiques au première cycle d’enseignement primaire.

250 modèles hors la loi

Les micro-ondes sont des champs électromagnétiques (CEM) de hautes fréquences (300 mégahertz à 300 gigahertz) qui font partie du spectre des radiofréquences (RF, de 3 hertz à 300 gigahertz). En 2011, l’ensemble des RF ont été classées « peut-être cancérogènes » par le Centre international de recherches sur le cancer (CIRC), affilié à l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le scandale Phonegate concerne la façon dont la commercialisation des cellulaires a été autorisée. « Les ministres concernés ne devraient pas se retrancher derrière une « pseudo conformité » pour des téléphones mobiles à risques qui ont été vendus aux utilisateurs dans le cadre d’une réglementation totalement défaillante au seul profit des industriels et au détriment de notre santé », a dénoncé le Dr Arazi lors d’une conférence de presse tenue à Paris le 28 juin. Il réclamait alors le retrait de 250 des 443 modèles de cellulaires testés par l’ANFR.

Ce médecin a obtenu la publication de ces résultats en juin 2017, après des mois d’action en justice. « La liste extraite (https://bit.ly/2tKgMbk) des données du site Open Data (https://data.anfr.fr) de l’ANFR récapitule les marques et modèles des téléphones portables testés entre 2012 et 2017 qui présentent, selon nous, un risque potentiel pour la santé des utilisateurs », a-t-il déclaré. Ces 250 modèles, parmi les plus vendus dans le monde, « doivent soit être retirés du parc en activité par une procédure d’échange gratuit, soit faire l’objet d’une mise à jour logicielle ou matérielle gratuite par le fabricant », a insisté Dr Arazi. (L’ont peut signer ici la pétition d’alerte Phonegate demandant le rappel des 250 modèles ou en envoyant un courriel à contact@phonegatealert.org, en précisant votre nom, prénom, courriel et lieu de résidence.

Tous les fabricants concernés

Toutes les marques populaires comme Alcatel, Apple, Motorola, Samsung et Nokia faisaient partie des appareils dont les DAS furent mesurés par l’ANFR. Le DAS ne représente pas les radiations émises par les appareils, mais la quantité d’énergie maximale de micro-ondes absorbée par un mannequin exposé en laboratoire dans diverses positions simulant l’utilisation par un humain. « Le hic, c’est que la seule façon dont les fabricants peuvent respecter les limites de DAS nationales, c’est en faisant accepter des tests irréels », dénonce le Dr Arazi : le cellulaire est placé à entre 5 et 25 mm d’un crâne et d’un tronc de plastique rempli d’un liquide dont la température ne doit pas monter d’un degré après 30 minutes d’exposition aux micro-ondes. « Dans la vraie vie, la plupart des gens collent le cellulaire contre leur crâne, 20 % des adolescents le portent allumé dans leur poche plus de 10 heures consécutives par jour et 12,4 % le placent même sous leur oreiller », rappelle le Dr Arazi en citant une étude australienne.

Testés par l’ANFR sans distance de séparation, certains appareils affichaient des DAS jusqu’à trois fois plus élevés que les niveaux alors rapportés par le fabricant. Parmi les appareils testés en 2015, pas moins de 90 % affichaient des DAS supérieurs à la limite de 2 watts par kilogramme (W/kg) des pays où le test considère une masse de 10 grammes de tissus. Le quart affichait même plus de 4 W/kg et certains appareils dépassaient de 15 fois la limite américaine (de la Federal Communications Commission – FCC) qui est plus stricte, soit de 1,6 W/kg en moyenne pour un gramme de tissu. (Toutefois, on ne peut pas comparer directement les tests européens et américains, à cause de la différence dans la masse des tissus testés.) Comme cette limite était impossible à respecter dans le cas des oreilles, en 2013 les États-Unis les ont reclassifiées parmi les extrémités corporelles (mains, pieds, poignets et chevilles) qui peuvent recevoir 4 W/kg, explique l’organisme américain Environmental Health Trust (EHT).

Le DAS en bref

Le test de DAS fut introduit aux États-Unis en 1993 alors que moins de 10 % de la population utilisait un cellulaire (qui coûtait alors environ 900 $). À l’époque, c’étaient surtout les militaires et les entreprises qui s’en servaient durant quelques minutes par mois, alors qu’aujourd’hui certains jeunes l’utilisent pendant des milliers de minutes par mois, rapporte l’EHT. Le crâne de plastique utilisé a des proportions équivalant à celles d’une recrue militaire de 220 livres et ne représente donc pas celles de 97 % de la population, selon l’EHT. Les dernières études menées notamment par Claudio Fernandez, scientifique associé à l’EHT, confirment que le rayonnement du téléphone mobile pénètre deux fois plus profondément dans le cerveau d’un enfant que dans celui d’un adulte, et dix fois plus dans la moelle osseuse. Bien que le cellulaire soit testé au maximum de sa puissance et dans toutes les bandes de fréquences qu’il utilise, soit une situation inhabituelle, le DAS n’assure pas la sécurité des utilisateurs, ajoute l’EHT, parce qu’il ne tient pas compte des points chauds qui se créent dans certains tissus, ni de la plus grande sensibilité de certains, comme les yeux et les testicules.

De plus, un cellulaire au DAS maximal plus élevé qu’un autre modèle ne signifie pas qu’il est plus sécuritaire. En effet, en temps normal il peut être plus efficace que le modèle dont le pic est plus faible. Chaque modèle est différent et tous varient constamment leur puissance pour opérer au minimum requis pour accomplir une tâche.

Comme l’explique d’ailleurs la FCC américaine dans une brochure destinée au consommateur : « Beaucoup de gens supposent à tort que l’utilisation d’un téléphone cellulaire dont la valeur DAS est plus faible diminue nécessairement l’exposition d’un utilisateur aux émissions RF, ou est plus «sûre» que l’utilisation d’un téléphone cellulaire ayant une valeur DAS élevée. Alors que les valeurs DAS sont un outil important pour juger de l’exposition maximale possible à l’énergie RF d’un modèle particulier de téléphone cellulaire, une seule valeur DAS ne fournit pas suffisamment d’informations sur la quantité d’exposition RF dans des conditions d’utilisation typiques pour comparer de manière fiable des modèles de téléphones portables individuels… L’approbation de la FCC signifie que l’appareil ne dépassera jamais les niveaux maximum d’exposition aux radiofréquences du consommateur autorisés par les directives fédérales, mais n’indique pas la quantité d’exposition aux radiofréquences que les consommateurs ressentent pendant l’utilisation normale de l’appareil. »

En juillet 2016, l’Agence nationale française de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) traitait de ces questions dans son rapport Exposition des enfants aux radiofréquences : pour un usage modéré et encadré des technologies sans-fil. Elle recommandait alors « de réévaluer la pertinence du DAS… de développer un indicateur représentatif de l’exposition réelle des utilisateurs » et de reconsidérer les niveaux de référence visant à limiter l’exposition environnementale aux champs électromagnétiques, afin d’assurer des marges de sécurité suffisamment grandes pour protéger la santé et la sécurité de la population générale, et particulièrement celle des enfants. » Selon l’ANSES, ces marges devraient tenir compte de la plus petite taille de ces derniers, des caractéristiques de certains de leurs tissus et du fait qu’ils utilisent les nouvelles technologies dès leur plus jeune âge.

Études sur le cancer

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https://maisonsaine.ca/sante-et-securite/electrosmog/phonegate-des-medecins-demandent-le-retrait-de-millions-de-cellulaires.html

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