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21 mars 2012

L'Amiante et la Suisse: "Interdit depuis 1990, l'amiante reste une menace pour la santé"

Excellent article de la Tribune de Genève par Jean-François Krähenbühl, 21 mars 2012.

Interdit depuis 1990, l'amiante reste une menace pour la santé

Sur les chantiers ou à la maison, ce minerai fibreux demeure présent. Employeurs et propriétaires ont le devoir d’agir pour protéger les travailleurs.

Le port d'appareil de protection respiratoire et de vêtements de protection
 est obligatoire pour les ouvriers lors de travaux de désamiantage.
Le récent procès Eternit, à Turin (I), au terme duquel des industriels ont été condamnés à de lourdes peines pour avoir mis en danger la santé d’ouvriers exposés aux poussières cancérigènes de l’amiante, a remis ce matériau isolant sur le devant de la scène. Et pour cause: en Suisse, une centaine de personnes meurent chaque année parce qu’elles ont inhalé de la poussière d’amiante sur leur lieu de travail. Les branches les plus touchées sont la construction, la métallurgie et construction de machines, les compagnies de chemins de fer et les menuiseries. Quand on sait, par ailleurs, que 80% du parc immobilier du pays ont été construits avant l’interdiction de l’amiante (1990), on mesure l’ampleur du risque potentiel qui pèse sur la population. Le législateur, heureusement, veille: les textes légaux sont nombreux en la matière.

 «L’amiante représente un risque pour la santé lorsqu’il parvient sous forme de poussière fine aux alvéoles pulmonaires par l’air respiré, explique Henri Mathis, responsable de la communication auprès de la Suva, la plus grande assurance-accidents obligatoire de Suisse. Ces fibres endommagent les tissus pulmonaires et provoquent différents types de maladies, souvent mortelles: plaques pleurales, asbestose, cancer du poumon, mésothéliome.» Il s’agit donc de protéger les travailleurs contre la libération de fibres d’amiante lors de travaux de transformation, d’entretien et de rénovation des bâtiments construits avant 1990.

Selon les lois sur le travail et sur l’assurance-accidents, «il incombe à l’employeur d’assurer la protection de la santé et de la sécurité de leurs employés», poursuit le porte-parole de la Suva. Malgré cela, en 2009, 218 maladies professionnelles dues à l’amiante ont été déclarées (toutes pathologies confondues).

Si l’information au grand public ressortit aux autorités fédérales (OFSP) et cantonales, celle aux travailleurs susceptibles d’être exposés aux risques de l’amiante relève de la Suva: «Nous avons mis sur pied une grande campagne intitulée: «Identifier et manipuler correctement les produits contenant de l’amiante!», en étroite collaboration avec les partenaires sociaux et les associations professionnelles», relève Henri Mathis. Cette campagne comprend notamment des brochures pour chaque corps de métier, une maison de l’amiante virtuelle (pour reconnaître où se cache l’amiante) sur la homepage de la Suva, ainsi qu’un set didactique destiné aux écoles professionnelles et aux branches.

Pour ce qui concerne les habitations, l’ordonnance sur les travaux de construction prévoit, depuis 1990, une «obligation d’investigation» précisant expressément que la présence d’amiante doit être examinée avant le début des travaux d’assainissement, de démontage ou de maintenance. Certains cantons – comme Vaud, Genève et Fribourg – ont introduit le «diagnostic amiante obligatoire» pour l’obtention de tout permis de transformation/démolition. Ces mesures sont du ressort du propriétaire du bâtiment.
Gare aux manipulations!

Dans les faits, les habitants d’immeubles antérieurs à 1990 courent-ils un danger? «Dans la majorité des cas, précise Henri Mathis, la seule présence d’amiante ne constitue pas un risque pour les occupants des lieux ou les travailleurs. Ce matériau commence à poser problème dès qu’il est manipulé (casser, percer, scier, etc.) et que des particules fines d’amiante se retrouvent dans l’air ambiant.» Tout dépend donc de l’état des produits contenant de l’amiante et des travaux entrepris avec ces produits.

En conclusion, le porte-parole note «que même si un procès comme celui d’Eternit ne pourrait avoir lieu en Suisse au vu de la législation et jurisprudence actuelles, il doit nous faire réfléchir à l’emploi chaque jour de très nombreuses substances dangereuses pour la santé, et donc aux nécessaires mesures organisationnelles, techniques et comportementales pour éviter tout risque aux travailleurs et à la population».

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