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18 juil. 2019

Suisse : Genève : « Avec la 5G, nous nous sentons comme des cobayes »

«Avec la 5G, nous nous sentons comme des cobayes»
par Marc Davidillustre.ch, 18 juillet 2019

Depuis que des antennes 5G ont été installées près de leur domicile, en plein Genève, ces habitants du même quartier souffrent de divers problèmes de santé. Sont-ils les victimes d’une technologie dont on n’a pas assez testé les dangers? Un médecin et député dénonce.

Elidan Arzoni, 50 ans, à la rue de Coutance, à Genève.
"Quand ils ont installé la 5G, je me suis senti mal  du jour
au lendemain."
Réunis dans l’appartement de l’un des deux, au cinquième étage d’un immeuble du centre de Genève, ces habitants du même quartier se regardent. Ils ont pour point commun d’avoir des insomnies, des acouphènes, des maux de tête. Et un monceau de questions sans réponses.

Le plus jeune, Johan Perruchoud, 29 ans, vit là depuis onze ans et n’est pourtant pas du genre à cultiver une quelconque haine contre la technologie envahissante. C’est un garçon en pleine santé, actif et positif, qui revient de quatre ans à New York et réalise des vidéos et des films finement ciselés pour des médias ou des privés, souvent en travaillant dans sa chambre avec son ordinateur.

«Comme dans un micro-onde»



Pour lui comme pour son voisin, tout a commencé en avril. «Moi qui vis depuis toujours sans soucis avec le wi-fi et le reste et n’ai jamais eu de problèmes de sommeil, j’ai soudain eu de la peine à m’endormir. Surtout je me sentais chez moi, comment dire, comme dans un micro-onde. Je n’étais pas bien dans la maison, comme si j’étais entouré de fantômes.» Interpellé, il constate sur Facebook et en consultant le site de la Confédération* que trois antennes 5G viennent d’être mises en service à proximité et que d’autres personnes se plaignent de troubles identiques, céphalées, fatigue. «Etait-ce psychologique? Je n’en sais rien. Mais, pour la première fois, alors que je n’ai jamais eu mal aux oreilles en composant ma musique, elles se sont mises à siffler. Cela me réveillait la nuit. Tout cela était inhabituel.»

La sensation désagréable d’être utilisé, pris dans un carcan où il n’a pas choisi de se trouver, l’assaille. Alors il appelle Swisscom. Dix minutes à peine après avoir rempli le formulaire de base, un préposé aux accents ultra-empathiques le rappelle déjà. «Il a été tout de suite sur la défensive. Il m’a expliqué que des tests avaient eu lieu et que tout était en ordre. Tout à la fin, pour la forme, il m’a souhaité une bonne récupération.» Aujourd’hui, Johan va un peu mieux, même s’il a les sinus obstrués depuis deux mois; une affection qu’il n’avait jamais connue.

La solution: déménager?

Son voisin Elidan Arzoni, 50 ans, ne va pas mieux, lui. A la même date, des symptômes semblables, en plus aigus, apparaissent chez cet acteur, metteur en scène et directeur de la Compagnie Métamorphoses. «C’est arrivé du jour au lendemain, raconte-t-il, mes oreilles se sont mises à émettre des sons, très forts, alors que je ne savais même pas ce qu’étaient des acouphènes.» Parallèlement, il ressent des douleurs sur le côté gauche de la tête et à l’arrière du crâne. Et une gêne au cœur si violente qu’il pense à un infarctus et que, deux jours plus tard, il se rend aux urgences. Là-bas, après quelques tests, on le rassure en lui trouvant un «cœur de sportif». Quand il évoque la présence des antennes, l’infirmier lui répond que personne n’est formé pour le renseigner sur les effets potentiels de ces émetteurs. «Le seul conseil qu’on m’a donné, c’est de déménager...» Pour lui, aucun doute, l’irruption des antennes est la cause de ses maux. «C’est une évidence. Même Swisscom me l’a confirmé au niveau du timing. Et je suis en très bonne santé, je ne bois pas, je ne fume pas, je ne vais jamais chez le médecin.» Il constate en outre que sa femme et ses enfants de 9, 16 et 21 ans souffrent eux aussi d’insomnies nouvelles.

Plus virulent que Johan, l’acteur ne cache pas son inquiétude. Il écrit alors au président du conseil d’Etat, Antonio Hodgers (Les Verts), et se voit simplement répondre que tout est légal dans cette nouvelle technologie. Insatisfait, il n’hésite plus à exprimer ses réflexions: «Comment oublier que la Confédération est l’actionnaire majoritaire de Swisscom? Dès qu’on se présente contre les intérêts financiers de ces gens-là, ils sont dans un déni total. Personne ne s’intéresse aux citoyens. Même le rapport en cours (prévu pour l’été 2019 et réalisé par un groupe de travail en collaboration avec l’Office fédéral de la communication, il vient d’être reporté à la fin de l’année, ndlr) ne s’occupera pas de l’aspect de la santé. S’il se passe effectivement une multiplication de leucémies ou de cancers du cerveau, elle mettra des années à être constatée.»

Hors de question de vivre sous une antenne

Depuis, il compose tant bien que mal avec ses maux d’oreilles, «mais c’est invivable, c’est très fort». Sur Facebook, où il expose volontiers son cas, il doit essuyer des attaques, accepter d’être traité de rétrograde. Cela dit, pas question de déménager: «Pourquoi devrais-je quitter mon logement alors que je suis citoyen genevois, que je paie mes impôts ici? Ce serait totalement antidémocratique. Et où aller, puisqu’il y aura des antennes partout d’ici peu? En attendant, je me sens comme un indésirable. Je ne sais pas où fuir. Mon travail et mes enfants sont là.» Tout aussi troublant: quand il se déplace en France voisine, ses maux s’atténuent. Ils reviennent dès qu’il retrouve la ville.

Johan, lui, dit s’habituer peu à peu. Il s’est cependant promis que, s’il avait des enfants, il était hors de question que sa famille vive près d’une antenne. «A mon avis, ce qui se passe aura un impact sur notre génération quand nous serons plus vieux.» Pire: s’il comprend le progrès que peut apporter la 5G dans certains secteurs spécifiques, le médical, la recherche, il pense que «pour les gens, elle ne sert à peu près à rien».

Les deux voisins se quittent sur la même longueur d’onde: «Nous nous sentons comme des cobayes.» Seront-ils seulement écoutés?

* L’emplacement précis des diverses antennes sur le territoire suisse: www.bakom.admin.ch/bakom/fr/pagedaccueil/frequences-et-antennes/emplacement-des-stationsemettrices.html

Un médecin accuse «On risque une catastrophe»

Le praticien et député PDC Bertrand Buchs a déposé la motion pour un moratoire sur la 5G à Genève. Il tire la sonnette d’alarme.

Dr Bertrand Buchs
(Pierre Abensur/Tamedia)
Votre réaction devant ces témoignages?

J’en rencontre de plus en plus. En l’absence d’études claires, on n’a en tout cas pas le droit de répondre à ces personnes qu’elles sont des malades imaginaires. Avec les ondes plus courtes de la 5G, personne ne sait ce qu’il peut se passer. Sans compter leur potentialisation, c’est-à-dire leur mélange avec la 3G, la 4G, le wi-fi.

Pourquoi avoir déposé cette motion?

On est en train de se moquer de nous. Dans ce dossier, nos autorités vont à rebours du bon sens. Le principe de précaution est clairement violé. Pourquoi en à peine deux mois tant d’antennes (une centaine aujourd’hui en Suisse, pour 90% du territoire couvert à la fin de l’année, ndlr) apparaissent-elles? Alors que pour n’importe quel médicament, on passe des années à évaluer s’il constitue un bien ou un mal? Tout va trop vite. Nous vivons une course au premier opérateur installé, qui se passe dans la précipitation, alors qu’il n’existe aucune urgence objective à installer la 5G. Pour la population, elle ne sert presque à rien. On aurait pu faire comme en Allemagne, où elle est réservée à certaines entreprises, et très surveillée.

Que risque-t-on?

Comme rien ne se voit ou ne se sent, le public croit à du zéro risque, un peu comme dans le domaine du nucléaire. Or on risque de vivre une catastrophe dans quelques années, par exemple en matière de tumeurs. Il faudra que l’Etat l’assume.

Que préconisez-vous?

Je le répète, après avoir essayé de me renseigner dans les bases de données auxquelles j’ai accès en tant que médecin: aucune étude sérieuse n’existe encore, ce qui n’est pas étonnant quand on sait que cette technologie a été développée en Chine, puis aux Etats-Unis. En Suisse, on pourrait ouvrir une ligne pour les gens qui se sentent mal, écouter ces plaintes et les examiner. Notre pays en a les moyens et les compétences. Le débat doit être lancé, car l’histoire n’est pas près de se terminer. Or, chez nous, c’est: «Circulez, il n’y a rien à voir...»

https://www.illustre.ch/magazine/5g-sentons-cobayes

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